Mes Confidences

Au beau milieu de la nuit.

18 janvier 2017

Il est 02h36 précisément.
Le vent d’hiver que l’on devine glacial est une musique assez surprenante. J’en devine les variations, l’intensité. J’imagine les branches de la vigne vierge enveloppant la maison qui dodelinent doucement.
Je cherche désespérément un sommeil qui ne vient pas.
Pourtant, je suis fatiguée. Et j’ai froid. Très froid. Je viens d’enfiler mon long gilet informe. Celui des errances nocturnes dans ce grand appartement. Si rempli mais si vide parfois.
Je n’ai rien écrit depuis quelques semaines.
Mes mains pleines de mots sont engourdies. En pause. J’ignorais qu’elles aussi pouvaient hiberner.
Je lis. Toujours. Me nourrissant des mots des autres.
Je suis une boulimique de lecture. Avec des phases d’accalmie notoire. Quand je décide de revenir dans une réalité qui ne me quitte pourtant pas mais qui me paraît floue, insaisissable parfois. Les mots des autres accompagnent mes jours. Mes soirées. Mes nuits. Surtout quand les miens se font rares. Je ne cherche rien d’autre en eux que le plaisir de les lire. De les laisser me guider dans une histoire. Trouver parfois des réponses involontaires à des questions omniprésentes. Je me laisse emporter par leur beauté et je souris.
Oui. Je souris. Etrange pour une noctambule chronique, n’est-ce pas?
Certains de vous ont dû penser « Oh la la! Elle ne va pas bien. Elle ne dort pas. »
Et bien si. Je vais bien. Très bien même. Chassez cette vilaine pensée d’un revers de main.
Si j’ai bu trop de café ou de thé? Non.
Si j’ai des soucis? Je vous l’ai déjà dit: j’ai froid. C’est le seul actuel.
Et puis, je trouve que mes jours ne sont pas assez longs pour faire et vivre tout ce que je voudrais. Alors quand je ne parviens pas à dormir. Je n’insiste pas. Je me lève. Je lis. En fermant mon livre tout à l’heure, je pensais rejoindre la foule des bien-dormants. Et bien non. Alors j’ai regardé mon écran resté noir depuis quelques jours. Vais je l’allumer?
Vais je réussir à poser des mots?

Mes mains vont elles accepter de se vider, de sortir de cette hibernation que je ne maîtrise pas? Et que je ne cherche pas à maîtriser d’ailleurs. Vais je me laisser guider par elles? Non. Je ne vais pas écrire, comme cela, au beau milieu de la nuit… Le vent s’intensifie. Je cherche sans succès une position qui me conviendrait. Non. Rien. Je ne suis pas prête de dormir.
Alors j’essaie de réfléchir. A tout, à rien. Au sens de tout ce que l’on vit.
Si tant est qu’il y en ait un. Je dis souvent que tout ce qu’on nous vivons, de difficile ou pas, trouvera toujours un sens, plus tard, quand le temps aura apaisé nos pensées les plus profondes, nos passions, nos grandes colères et nos immenses joies. Aussi furtives soient elles. Mais n’oublions pas que ce sont elles, justement, qui nous construisent, qui font de nous ce que nous sommes.
La recherche de l’apaisement. Celui qui nous apporte la douce impression de sérénité. Celui que nous aimerions tous toucher du bout des doigts. J’ignore quand on peut s’estimer apaisé. Serein. Nos émotions venant parfois fracasser ces illusions de tranquillité.
Pourquoi des simples mots lus ou entendus nous transportent de joie ou de colère? Avec ce sentiment si abject d’injustice parfois? Imaginer des réponses qui n’en sont pas. Se torturer, se bercer d’illusions.
Pourquoi un simple rire d’enfant ou ce geste anodin qu’a l’un de nos élèves, de nous prendre la main, sont capables de faire monter des bouffées de larmes; de belles larmes parce que ce rire si vrai, cette spontanéité sont le parfait miroir de cette innocence, de cette pureté que nous avons perdues voilà bien longtemps. Entendre cette cascade de joie éveille en nous des émotions magnifiques. Cette petite main dans la nôtre semble être une main tendue vers un horizon plus clair.
Pourquoi un regard est capable de nous clouer sur place, nous rendre muet? Même détourné, il nous suit. Dans les plus grandes profondeurs de notre âme. Dans les méandres de nos pensées.
Pourquoi certains soirs nous avons ce cri coincé dans la gorge? Cette retenue qui nous empêche de dire des choses. De libérer des mots. Ne plus les retenir et oser? Oser dire, demander, s’interroger. Oser accepter l’idée que nous avons le droit de les dire. Nous avons le droit de tout dire. Même l’inacceptable. Même le magnifique.
Pourquoi lui et pas un autre?

Pourquoi cette décision et pas une autre?

Pourquoi avoir envie de partir loin? Pourquoi hésiter? Pourquoi ne pas être capable de tout arrêter? Pourquoi vouloir le compliqué alors que le simple est si beau? Pourquoi ces paroles de Julien Doré résonnent elles: « Crevons d’être trop cons » ? Pourquoi ne pas oser dire stop, comme un clac de fin? Et continuer à vivre autrement. Ou alors continuer et simplement sourire à tout cela.
Je l’ignore. Nous l’ignorons. Parce que les réponses n’existent pas encore mais qu’un jour elles seront là. Posées dans une simple évidence.
J’ignore si tout ce que je vis chaque jour trouvera un sens plus tard. Je ne désire même pas le savoir. Je suis emportée au quotidien par des océans d’émotions. Elles me font me sentir vivante. Pour rien au monde je n’y renoncerai. Trop peu les ressentent, ces émotions. Alors je suis riche d’elles. Elles sont rares. Donc inestimables.
Je souris en pensant à toi ma Vanda. Tu dors? Vue l’heure, je pense, oui. Tu vois… Nous parlons parfois de notre incapacité passagère à écrire…. Oui je t’entends à la lecture de cet article, il faut que j’arrête de penser. Et que je me remette à écrire… Surtout à 3h57. Et pas à 3h57…
Bon… Mon écran noir ne l’est plus depuis presque 2h. J’ai observé la rue. Dans une obscurité glaciale. Je vais aller essayer de me reposer. Un peu. Mon réveil sonne dans 3 heures.
Il neige. C’est beau.
Je suis glacée mais je souris.
Nath

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