Le Boudoir des Nanas

Cette « chose » en moi. Cet enfant dont je ne voulais pas.

12 novembre 2015

Aaron, mon nuisible numéro 2

Si aujourd’hui je nomme affectueusement mes fils «les nuisibles» il y a presque 5 ans, je considérais Aaron comme un véritable «parasite». Il n’était rien, hormis une «chose» à mes yeux.

Janvier 2011, j’ai tout pour être heureuse: un mari, deux enfants, un chien, une maison. Tableau idyllique de la famille parfaite que je m’étais imaginée.

Et puis vint le drame, les deux barres sur le test apparaissent. Sensation horrible, vertige, envie de vomir. Non pas moi, pas nous. Nous sommes bien tous les quatre. Tellement de questions en même temps arrivent, se mélangent… La noirceur s’installe dans ma tête, et prend possession de ma conscience.

Mon mari, après discussion, en pense quoi? Rassurez-vous, il fut génial, calme, posé, peu importe mon choix, il serait heureux d’accueillir un troisième enfant, ou de m’épauler à la clinique si je décidais de…. Pff comme c’est tabou et difficile n’est ce pas, de poser un mot concret comme «avortement.».

Coup de téléphone vendredi fin d’après-midi à mon gynéco. Parfait je tombe directement sur lui:
-Bonsoir, c’est Madame. S, je suis enceinte…
-Très bien, prenons rendez-vous alors pour un écho datation…
-C’est-à-dire, je ne veux pas… Enfin vous savez, je ne veux pas le garder.
-Très bien venez demain matin première heure.
-Bonne soirée.

Samedi matin, après une nuit sans sommeil, j’entre dans le cabinet, le gynéco m’installe sur le fauteuil, et pratique l’échographie. Cet homme est fabuleux et très professionnel, il me parle d’un «sac» ou d’une «poche» enfin, un truc rempli sans jamais mentionner les mots qui me feraient culpabiliser. Pendant ce temps moi, ce sont des flash-back dans ma tête qui font surface. Je revois la première échographie de Ty, mon cadet. Celle où je priais ciel et terre que la poche ne soit pas vide, celle où je voulais entendre le petit cœur battre. Tout défile, les séjours à la maternité, la prématurité de mon fils, les bips-bips incessants, et l’impatience de l’avoir à la maison…

Et lui cette toute petite «chose» va «bien», et visiblement toujours présente. Quant à L’écho de datation, en réalité, pas besoin ! Voyant très peu mon chéri, pour cause de déplacement, je pouvais dire à la minute prêt le jour du délit le: 12 décembre 2010. Ce n’est pas faute d’ailleurs de m’être précipitée à la pharmacie, afin de prendre la pilule du lendemain.

J’étais me semble-t-il à la sixième ou septième SA, la limite pour pratiquer, ce que l’on appelle un avortement par voix médicamenteuse. C’est pour cela que le gynéco me prescrit l’ordonnance pour la clinique immédiatement. C’était simple à vrai dire tout était planifié. Lundi matin j’irai au cabinet du gynéco, prise du médicament pour stopper l’envahisseur, et le mercredi suivant, soit, deux jours plus tard, seconde prise du cachet pour évacuer « la chose. »

Mais avant cela, moins de 48 heures pour réfléchir, se torturer, se questionner, s’embrouiller…
La suite pas besoin de la détailler, vous la connaissez

Cependant, n’allez pas croire que je sautais de joie… Oui j’allais à nouveau devenir maman, moi qui dépendais encore beaucoup trop de la mienne. J’ai deux fils certes, mais maman m’épaulait, me soulageait, m’aidait énormément.

Hormis ma sœur, maman, papa et une poignée d’amies, personne n’était au courant de cette grossesse qui me faisait honte. Cette grossesse que je haïssais et qui tout à coup me hissait au rang de famille nombreuse. Qu’est-ce que je déteste cette expression «famille nombreuse»

Ce n’est qu’en mars via mon compte Facebook que je donnais un caractère officiel, à cette chose… L’emploi du pronom « je » est volontaire, me sachant tellement mal, Monsieur ( c’est son surnom hein? !) me laissait libre du «bon» moment pour partager notre «bonheur». Mais voilà, je n’y arrivais pas… C’était dur, d’un côté les gens qui vous félicitent, et d’un autre ceux qui, pensant vous faire sourire avec leurs blagues débiles type (« le quatrième pour Noël » ou « changement de voiture? ») vous exaspèrent et vous enferment dans votre mutisme.

Je crois que pendant de longs mois, j’ai espéré vous savez? Ô oui j’ai même souhaité très fort la perdre cette «chose». Oui un truc naturel, de normal quoi! Après tout merde! Cela m’était déjà arrivé trois fois de faire une fausse couche,  pourquoi pas une quatrième… Et cette fois-ci promit pas de sanglots.

Je fus presque exaucée à vingt deux SA: contractions, hospitalisation pour fausse couche tardive. Quelle rage en moi ce jour-là, non pas contre mes vilaines et horribles pensées négatives. L’équipe médicale, m’annonçait que suivant l’issue, il se pourrait que je reste un moment à la mat’. Mes nerfs ont lâché, je me suis mise à pleurer. Les sages-femmes tentaient de m’apaiser, mais les pauvres, ne pouvaient pas deviner, le côté obscur, dissimulé derrière tant de tristesse. Je versais un torrent de larmes pour une raison: à cause de cette chose, (dans l’éventualité où elle resterait), je serais peut-être privée de la première bougie de mon petit Ty.

La nuit, s’est achevée, et la chose a lutté contre les secousses, la chose s’est accrochée!

Finalement, je suis restée quinze jours à la mat’. Le gynéco, m’a permis de rentrer le 28 avril 2011, un an jour pour jour, pile pour l’anniversaire de mon tout petit garçon, à condition d’un suivi journalier, jusqu’à la trente-quatrième semaine SA .
À mon retour, j’étais toujours angoissée, mais pour diverses raisons… La peur de ne pas assurer surtout… Mais le vent tournait, les nuages commençaient progressivement à se dissiper, j’étais plus sereine… Dans mon corps un «bébé» se développait, encore un garçon mais surtout un «bébé».

Je fis d’autre séjour, à la maternité plus ou moins courts… Les semaines s’écoulèrent et début août ce bébé n’avait toujours pas de prénom. Nous n’avions pas un mois de répit, nous savions qu’il n’arriverait pas le 12 septembre comme prévu…(Mon utérus c’est comme «lost», objectif: s’en échapper!!!) Mais c’était sans compter, sur papa qui lui avait déjà une idée bien précise…

Le 12 août 2011, nous donnions naissance à Aaron.
Nous, car depuis huit mois à plus de minuit «nous» étions heureux à deux.
De mes trois accouchements, et malgré la césarienne, ce fut le plus beau. L’équipe médicale fût adorable, et pour la première fois, je connus la joie d’avoir son bébé, à côté de soi.
Dans son berceau, les yeux fermés, le souffle léger et le visage serein, Aaron était à côté de moi. Il avait gagné son premier combat. Non pas celui du droit à la vie.! Non il avait conquis l’amour, il avait conquis un cœur, il avait conquis mon cœur. J’étais littéralement sous le charme de ce petit bout d’homme et tout comme ses frères je l’aimais d’un amour infini…

Quatre ans se sont écoulés, j’ai toujours du mal avec les mots «famille nombreuse» même si, je l’avoue, ce terme, procure certains avantages.
Aaron est un rayon de soleil, il a ce… je ne sais quoi, qui fait craquer pas mal de monde… Un regard plein de malice, un cœur qui déborde de tendresse et d’affection ainsi qu’une légère tendance au narcissisme. C’est un peu beaucoup de notre faute, celle de notre entourage également, à force de lui répéter qu’il est « beau ».

Aaron est le « prince charmant ». Demandez-le, lui il vous le confirmera!
Sinon le reste du temps vous pouvez l’appeler NUISIBLE numéro 2. Il se reconnaît également.

Je pourrais conclure ainsi cet article. Mais non, je tiens à préciser que c’est mon histoire, mon choix, ce n’est en aucun cas une apologie anti-avortement. Chacun doit rester maître de son corps, sa tête, de sa situation personnelle, professionnelle et financière.

Une femme libre est une femme épanouie.

[ssba]

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3 Commentaires

  • Limoge.jennifer@gmail.com'
    Répondre Neurones en éventail 12 novembre 2015 à 22 h 48 min

    Bouleversant ! Je n’ai pas d’autres mots !

  • melanie.ravier@hotmail.fr'
    Répondre Melanie 13 novembre 2015 à 7 h 52 min

    Bonjour pour moi même expérience février 2010 nouvelle maison avec 3 chambres une pour la « grande  » 3 ans et une pour le second 18 mois . Bref tout était merveilleux un mari une fille un garçon des projets professionnels . Avril 2010 je suis très fatiguée examens . Mme vous êtes enceinte . C’était impossible j’avais un stérilet . Rdv chez le gyneco le lendemain . L’échographie de datation fut aussi celle du 1 er trimestre . Et oui j’étais de 12 semaines, donc la décision était toute prise nous allions avoir un 3 eme enfant. Cataclisme dans notre vie . Le papa a été merveilleux on ne peut pas en dire autant de la famille qui ne comprends toujours comment je ne m’en suis pas rendu compte. Aujourd’hui Théliau a 5 ans il est juste merveilleux toujours heureux avec un sourire coquin qui fait craquer tout le monde .
    Je culpabilise tous les jours de ne pas l’avoir voulu de ne pas m’en être rendu compte . Mais en même temps heureusement que je ne m’en suis pas rendu compte car peut être que ma décision aurait été un avortement . C’est la première fois que je raconte ça alors merci ça m’a fait du bien bonne journée ????

  • cuddline@gmail.com'
    Répondre Laura 15 novembre 2015 à 22 h 21 min

    Bonsoir,
    Très troublée. J’ai vécu les mêmes sentiments, la même année que vous. Des pleurs face à 2 barres, un rdv ivg pris, une grossesse chaotique avec des grands trop petits, pour finir par une naissance à huit mois pile en septembre 2011 d’un 3e bébé que je ne voulais pas, que j’étais persuadée ne pas pouvoir aimer. Ce fut la naissance d’un rayon de soleil, une enfant épanouie, ayant cette capacité extraordinaire de s’enthousiasmer de tout. Le chaînon manquant en quelque sorte.
    Troublée, émue.
    Merci pour ce texte.

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