Le Boudoir des Nanas

Ceux que l’on croise…

1 octobre 2016

Je rentre de Paris. Deux jours dans la plus belle ville du monde.

Invitée à la remise du Prix des Lecteurs en tant que juré, je ne pouvais pas décliner…

Cette ville possède cette magie qui agit sur moi comme une caresse rassurante. Elle est immense, j’y suis plus qu’anonyme, je suis incapable de me déplacer d’un point à un autre sans me perdre, je ne supporte pas la klaxonite aigue des automobilistes, ni leur agressivité, je peste contre l’incivilité des gens. Mais je m’y sens bien.

Je ne cours pas. Je marche. J’observe. Je m’assois n’importe où et je me régale des beautés connues ou oubliées de cette ville-coffre aux trésors. Je m’imprègne des histoires ou anecdotes que je lis ou que l’on me raconte. Je me régale de ces petites choses qui peuvent paraître anodines mais qui font la richesse de ces rues. Je souris souvent, le nez en l’air. Absorbée par le visage de ces statues égyptiennes, par exemple, coulées dans une façade, place du Caire. Qui les regarde encore? J’espère que de nombreux yeux savent encore se poser sur ces pierres qui sourient pudiquement. Elles doivent en avoir à raconter des choses: ces querelles d’amoureux sur cette petite place, ces éclats de rire d’une bande de jeunes, ces mamies qui donnent un bout de pain à des pigeons obèses, ces premiers pas hésitants d’un enfant qui découvre la liberté, suivi de près par ses parents, cette musique qui sort d’une radio posée dans un panier de vélib’… Il faudrait réussir à écouter tout ce que cette ville a à nous raconter. Et oublier un instant que ce ne sont que des murs.

Des murs cependant moins froids que certains visages. Froids et tristes. Vides parfois.

Et puis, tout à coup, il y a ceux que l’on croise. Vraiment.

Ceux que notre regard accroche, qui répondent à notre sourire et qui l’espace de quelques instants vous redonnent l’impression de ne plus être invisible.

Ce vigile du Musée Picasso qui vous propose gentiment de rentrer dans la cour, à quelques minutes de la fermeture, pour profiter de la beauté du lieu, alors que vous passez la tête discrètement sous le porche, les yeux en l’air. Quelques mots échangés en souriant et il vous explique qu’il vit dans une petite chambre de bonne à deux pas d’ici, vous la montrant du doigt. Vous invitant même à vous servir de guide durant le week-end. Une petite drague en passant? Et alors? Ce n’était pas méchant. Et pas très fin, j’en conviens. Forcément vous déclinez son invitation avec le sourire et le sien en retour, il vous souhaite un agréable séjour.

Cette vieille dame qui s’installe à votre table dans un café. L’air de rien. Sans rien vous demander. Qui sort ses pâtisseries orientales et qui les mange en vous écoutant discuter avec votre amie. En vous levant pour partir, vous remarquez son sac tombé à terre, vous le ramassez et elle vous remercie en vous touchant le bras. Sous un chapeau d’un autre temps, ses yeux trop maquillés d’un bleu turquoise laissent deviner le regard triste de ceux qui ont vécu tant de choses. Un léger sourire quand vous la saluez.

Ce vieil homme qui voyant votre tatouage sur le poignet, vous dit qu’il en a un au même endroit; un nombre à 5 chiffres, qu’on lui a fait voilà longtemps. Vous comprenez et vos yeux s’accrochent à son regard bienveillant. Il se met alors à vous raconter l’anecdote qu’il raconte à tous les nouveaux visages de ce café… Un jour, alors qu’il discutait avec 2 touristes allemandes l’une d’elle lui demande où il a appris à parler si bien l’allemand. Il répond « Dans l’une des plus grandes universités allemandes » «  Ah oui? Laquelle » « Dachau » Et il rit. Vous souriez à ce trait d’humour… Il vous dit alors qu’il en est sorti vivant à 23 ans. Vous l’écoutez. Son regard est rempli de la sérénité de ceux qui ont su pardonner. Vous riez à son invitation à apprendre le yiddish. Le serveur vous dit qu’il vient chaque après midi après sa sieste. Si vous allez au « Café des psaumes« , rue des Rosiers, attendez le et écoutez le. Parlez lui. En une demi-heure, il vous remettra les idées en place, balayant d’un revers de main vos petits soucis quotidiens. Cet homme à la moustache clairsemée et au vieux gilet de laine vous fera économiser des années de « thérapie existentialiste » et tout cela devant un café … En toute simplicité. Vous partez et il vous dit « Revenez quand vous aurez appris le yiddish. Je vous ferai la conversation ». Oui. Je reviendrai. Mais pas certaine de parler yiddish.

Cette petite serveuse dans un salon de thé très chic qui se souvient que votre amie était un peu souffrante lors de son dernier passage, qui la reconnait et qui lui demande si sa « santé va mieux »… Et qui vous parle des chats jouant dans l’arrière cour, avenante et souriante. Peu lui important les clients attendant leur chocolat chaud (le meilleur de Paris) et qui prend ce temps, avec vous, et visiblement avec plaisir.

Et puis, tant d’autres. Là bas et dans notre quotidien.

Alors oui, certains vont sans doute railler ma « naïveté ». Peu m’importe… Je sais que ce vigile était peut-être de mauvaise humeur aujourd’hui. Que ce vieux monsieur n’a peut-être pas parlé à d’autres clients non habitués (quoique… J’en doute…) Que cette vieille dame est peut-être imbuvable dans la vie. Que cette serveuse n’est pas aussi avenante d’habitude. Que ces instants étaient éphémères et que c’est au final, ce qui en fait leur préciosité.

Je ne parlerai pas de ces gens qui vous bousculent violemment dans la rue et ne s’excusent pas. De ces snobinards qui vous regardent comme si vous sortiez des égouts de la ville de Paris. De ces personnes qui ne retiennent pas la porte vitrée, que vous prenez dans la tronche en rentrant dans une boutique. De ces serveurs qui vous balancent l’assiette sur la table sans un regard. De ceux qui ne répondent pas à votre salut quand vous les croisez. De tous ceux qui ont le droit, aussi, parfois d’être fermés à tout cela. A ces petits riens importants et essentiels. Demain seront-ils peut-être différents. Qui sait…

Je retiendrai ces moments partagés. Sans autre intérêt que l’envie, le plaisir de sourire un simple instant. Ce n’est pas grave s’ils ne vous reconnaissent pas lors de votre prochain passage.

L’espace de quelques minutes, vous n’êtes plus anonyme. Vous êtes une personne qui a souri et discuté avec eux. Je pense que nous sommes tous fait de ces moments qui font du bien. Qui vous réconcilient avec l’être humain. Et qui vous font prendre conscience de la richesse de ces minuscules minutes.

Non. Vous n’êtes pas rien ou personne. Vous êtes celui ou celle qui sourit à ces petits bonheurs insaisissables d’une vie qui va trop vite, nous laissant peu de temps pour l’apprécier réellement.

Hier, ils m’ont fait beaucoup de bien, ceux que l’on croise…

Love.

Nath.

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4 Commentaires

  • Répondre Yannick 1 octobre 2016 à 20 h 49 min

    Magnifique… C’est pour tout ça que j’écris…

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 2 octobre 2016 à 9 h 02 min

      Et que tu le fais si bien! Bisous mon Yann!

  • mpbardou@live.fr'
    Répondre Mpi Bardou 1 octobre 2016 à 23 h 32 min

    Superbe article, j’adore… Ces moments-là sont de petits trésors !

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 2 octobre 2016 à 9 h 01 min

      Oh que oui! Petits mais énormes! Merci!

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