La Malle aux Livres

Dans le silence du vent – Louise Erdrich

19 septembre 2015

Quand vous recevez la proposition de livres à chroniquer, pour le Livre de Poche,  vous êtes souvent comme un enfant devant un étalage de friandises et à qui on dit « Tu ne peux en prendre qu’un! »… Vous lisez et relisez les titres, allez voir les critiques lors de leurs sorties et, soit votre choix est fait, soit c’est encore pire… En lisant la biographie de Louise Erdrich et une critique (une seule a suffi: celle du New York Times), ce choix a été une évidence.

Et je ne me suis pas trompée.

Dans le silence du VentDans le silence du vent est un livre qui vous happe. Vous voilà projeté au cœur d’une réserve indienne dans le Dakota, en territoire Ojibwa. La vie de Joe, adolescent insouciant, va basculer le jour où sa mère va rentrer, le visage tuméfié, violée et prête à basculer dans la folie, dans un silence froid et effrayant:

« Tout en montant marche après marche, elle regardait droit devant elle et sa main tenait fermement la rampe. Ses pas étaient silencieux. Elle semblait flotter. Mon père et moi l’avons suivie jusqu’à la porte de la chambre, et je crois qu’en la regardant nous avons tous les deux eu l’impression qu’elle s’élevait vers un lieu d’extrême solitude dont on ne risquait de ne jamais la ramener. »

Dès lors, il n’aura de cesse de chercher le coupable, oscillant entre colère, rage et incompréhension, et souhaitant faire justice lui même, car la justice en ces terres indiennes n’est guère favorable à leurs résidents.

La description de ces vies quotidiennes, des relations entre les communautés est assez révélatrice du mépris affiché par une partie de la société américaine pour ces peuples indiens humiliés au fil des siècles. Les légendes et autres récits Ojibwa ponctuent le roman de cette poésie et authenticité, qui apportent un regard autre sur cette culture méconnue.

Par ce roman brillant, l’auteur donne la parole à Joe et ses amis, à sa famille, à tous ces indiens meurtris et bafoués. Ceux qui sont regardés comme des parias et qui ont été parqués dans des terres pour  donner bonne conscience à cette administration qui leur accorde à peine un regard.
Louise ErdrichLouise Erdrich est Ojibwa par sa mère. Elle dénonce par ce roman, le silence imposé aux siens. Silence qu’elle brise par la force de sa plume, déclarant lors d’une interview dans Elle:« J’écris pour que les Indiens survivent. »

Récompensé par le prestigieux Prix des Libraires, le National Book Award, Dans le Silence du Vent, est tout. Sauf un livre silencieux.

 

[ssba]

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4 Commentaires

  • vluxereau@gmail.com'
    Répondre Nina 21 septembre 2015 à 19 h 39 min

    Je ne sais pas si tu as lu cet autre roman d’elle : Le Jeu des Ombres. Egalement au sein d’une famille indienne, trés incisif et percutant. A découvrir si ce n’est fait.
    De mon côté, c’est ton blog que je découvre et je compte bien repasser par ici !
    Très bonne semaine,

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 21 septembre 2015 à 20 h 03 min

      Bonsoir Nina!!!!
      Je ne connais pas encore mais j’ai réellement envie de plonger dans les autres!
      Merci infiniment…. A très bientôt alors…. 😉
      Nath

  • Répondre En septembre, s'il tonne, les lectures sont bonnes. - Lila sur sa Terrasse 5 octobre 2015 à 20 h 43 min

    […] Pour ceux qui qui n’ont pas lu cette chronique en partenariat avec le Livre de Poche, on clique ICI! […]

  • Répondre Le Roi disait que j'étais diable - Clara Dupont-Monod - Lila sur sa Terrasse 15 octobre 2015 à 21 h 11 min

    […] une autobiographie bouleversante, un road-movie initiatique et une enquête révoltée et révoltante au sein d’une réserve indienne, la sélection du Livre de Poche m’offre ici, à […]

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