La Malle aux Livres

En juillet, pluie du matin est bonne aux bouquins.

5 août 2016
Photo de Marilyn Monroe lisant Ulysse de James Joyce dans un jardin d'enfants

Véritable proverbe « En juillet, pluie du matin est bonne au grain »

Soleil brisé – M.O. Walsh

9782253087250-001-TJ’ai lu ce livre dans le cadre du Prix des Lecteurs du Livre de Poche. Il fait partie des très belles découvertes que j’ai faites grâce à ce privilège d’être juré.

Dans une petite ville de Louisiane à quelques encablures de la New Orleans, la vie s’écoule paisiblement. Dans l’un des quartiers, le narrateur nous entraîne dans les escapades dans le bayou, dans les couloirs de son école, dans les premières fêtes d’ados dans lesquelles l’alcool coule à flots, et surtout dans son histoire à lui.

Son amour inconditionnel et passionné, limite obsessionnel,  pour Lindy, sa voisine, solaire et mystérieuse. Il l’observe, la regarde vivre au quotidien. Elle le snobe, daigne lui adresser la parole ou s’amuse à le rendre jaloux. Un soir, Elle est violée à quelques pas de sa maison. Dès lors, la tranquillité de la petite ville vole en éclats. Les vieux secrets réapparaissent, ainsi que les règlements de compte. Certains habitants dévoilent leur vrai visage. Une sorte de chasse aux sorcières commence, analysée par le narrateur, qui ne manque pas au passage d’égratigner la lâcheté des hommes et d’avoir un regard attendri sur la condition des femmes en cette fin de XXème siècle.

Oscillant entre flasch-back et récit au présent, M.O. Walsh a cette plume poétique qui donne une profondeur certaine à la narration. Le récit devient par moment une envolée lyrique décrivant la vie et l’obscurité du bayou, la tendresse pour sa mère meurtrie par une vie qui ne lui épargne rien,  la plongée vers l’adolescence et ses émotions, les balbutiements des premiers amours et même parfois la banalité d’un quotidien vide mais rempli d’amertume et de tristesse. L’auteur signe ici un remarquable premier livre.

A lire absolument.

Le Fils – Philipp Meyer

le fils784 pages de pur bonheur de lecture. 784 pages de voyage à travers l’Amérique profonde, de 1850 à nos jours. 784 pages de plongée dans la vie de la famille McCullough. 784 pages de plongée dans l’histoire de l’économie américaine vue et relatée par 3 protagonistes principaux.

Eli McCullough, le « Colonel » enlevé par des Comanches à l’adolescence et qui passera 3 ans de sa vie à leurs côtés. Nous faisant découvrir leur façon de vivre, leurs traditions, leur culture… Et cette question évidente qui a résonné en moi durant toute la lecture: qui étaient vraiment les « sauvages »? Ceux qui vivaient en parfaite harmonie avec la nature et la terre ou ces hommes avides de territoires, d’argent et de titres absurdes? La réponse est évidente pour moi depuis très longtemps, en fait. Et ce livre n’a eu de cesse de me conforter dans ma vision des choses. Quand Eli rentre « chez lui », il découvre un monde « civilisé » abject, avide de biens… Il construira un empire, après la guerre de Sécession, entre élevage et premiers forages pétroliers texans…

Son fils Peter, ne lui ressemble pas. Très empathique, il regarde la richesse de sa famille tout en contemplant la condition des ouvriers mexicains et la place qui est la leur dans cette société raciste et méprisante. Autant son père est rude, autoritaire, autant lui s’interroge sur le bien fondé de leurs acquis. En conflit permanent, ils avanceront, plus ou moins éloignés loin de l’autre, avec la certitude d’avoir chacun raison. Leur mépris mutuel annonce doucement la fin d’une époque et un tournant dans la vie de leur famille.

Jeanne Marie, quant à elle est l’arrière petite fille du Colonel, qu’elle aura connu car il vivra centenaire. Ambitieuse, admirative de son aîné qui voit en elle l’avenir de leur famille, elle se jettera à corps perdu dans le travail pour assurer la pérennité de l’Empire McCullough. Mais à quel prix?

3 voix pour raconter cette fresque familiale magnifique, pour raconter l’Histoire des Etats Unis sur plus d’un siècle. Avec une plume parfois sombre mais souvent déconcertante de poésie dans un contexte dur et violent. Eli, Peter et Jeanne-Marie représentent à eux trois les modes de pensées des gens qui ont traversé ces époques: l’appât du gain, la puissance, le mépris des étrangers, la violence utilisée sans vergogne pour parvenir à leurs fins, les manipulations politiques, les arguments économiques… Mais aussi et surtout la conscience de ce qui est qui et qui ne sera plus. Bouleversé par son séjour chez les Comanches, Eli, à son retour, méprisera les siens et balaiera d’un revers de main les considérations humanistes pour asseoir son désir de pouvoir. Peter bouleversera sa famille au risque de déstabiliser l’Empire McCullough en faisant un choix qu’il croit juste et en accord avec son profond humanisme. Jeanne-Marie, quant à elle, oscillera entre le désir de renforcer l’entreprise familiale et la recherche d’un amour qui pourrait combler ce vide incommensurable en elle. Une fresque juste sublime!

« Mon soleil s’est couché; il est sombre, le chemin. Le reste de ma vie pend au-dessus de moi, comme un poids. J’essaie de me souvenir que mon cœur a brièvement goûté à la plus farouche liberté…que mes espoirs les plus fous se sont faits réalité.

Peut-être qu’une autre ère glaciaire viendra, qui broiera tout. Détruisant les traces de nos existences d’une destruction plus totale encore que le feu. »

A lire absolument!

Six Fourmis blanches – Sandrine Collette

six fourmis blanchesDans son livre « Des noeuds d’acier« , Sandrine Collette parvenait presque à me faire renoncer à la randonnée. En refermant « Six Fourmis blanches« , je me demande si je ne vais pas revendre tout mon matériel d’alpiniste occasionnelle.  Entre un sacrificateur de chèvres (oui, cela existe encore dans des contrées reculées!) pris en chasse par une sorte de mafieux local qui le veut mort, et six randonneurs qui s’élancent dans une montagne hostile, et qui vont être surpris par des tempêtes de neige, avalanches, crevasses, cette lecture ne nous laisse aucun répit.

Les traditions séculaires, aussi indispensables que violentes donnent au récit un côté surnaturel et terrifiant. Et lorsque les randonneurs s’interrogent sur leur devenir et les raisons de leurs mésaventures, le lecteur se demande à quel moment les esprits invoqués par le sacrificateur vont se dévoiler. Dans les ténèbres des forêts obscures, chacun va dévoiler ses propres ténèbres…

Sandrine Collette joue à la perfection avec nos nerfs. C’est noir, oppressant. Et très bon. Vraiment très bon. A lire absolument.

Un Bûcher sous la Neige – Susan Fletcher

un bucher sous la neigeLe Moyen-Âge a ceci de terrifiant que nulle femme n’était à l’abri de l’injustice et de la folie humaine. Vous aviez le malheur d’être rousse: sorcière! Vous soigniez les gens avec des décoctions naturelles à base de plantes trouvées dans les bois, et ce, sans l’aval du clergé: sorcière! Vous aviez décidé de vivre seule, sans homme, totalement indépendante: sorcière! Vous remettiez en cause l’ordre établi par votre refus de prières, et de soumission à un seigneur: sorcière! Et lorsque comme Corrag vous cumuliez les 4, vous n’aviez aucune chance d’échapper au bûcher!

Corrag est enfermée dans un cachot sordide en attendant son procès: elle est accusée d’avoir massacré une famille complète. Le révérend Charles Leslie a pour mission de recueillir son témoignage avant son envoi sur le bûcher. Il va donc écouter  cette femme qui bouscule les conventions établies de ces Highlands. Profondément hostile à son arrivée, il va apprendre à connaître et à réviser son jugement. Corrag donne à ce révérend et au lecteur une belle leçon d’histoire sur l’Ecosse moyenâgeuse. Susan Fletcher donne ici la parole à ces femmes persécutées et exécutées au nom d’une religion qu’elles menaçaient par leur indépendance et leurs questions pertinentes et dérangeantes. Allant jusqu’à défier ouvertement le clergé, en soignant ceux que les prières avaient condamné à une mort certaine.

A lire absolument!

La drôle de vie de Zelda Zonk – Laurence Peyrin

zelda zonkHanna mène une vie on ne peut plus tranquille auprès de son mari, romancier à succès modéré. Elle ne sort pas, si ce n’est pour son travail de décoratrice. Une vie terne. Qu’elle pense idéale. Jusqu’au jour où, suite à un accident de voiture, elle se retrouve hospitalisée, avec pour voisine de chambre, une vieille dame pétillante et amusante répondant au nom de Zelda Zonk. Leurs discussions vont non seulement les rapprocher, mais ouvrir les yeux à cette jeune femme à la vie trop tranquille qui décide tout à coup, de la rendre plus piquante… D’autant qu’elle va apprendre que Zelda Zonk était le pseudonyme que Marilyn Monroe utilisait quand elle voulait réserver un hôtel ou un restaurant en toute discrétion.

Au delà de sa recherche d’elle-même et de la perspective d’une autre vie, Hanna va alors essayer d’enquêter sur cette vieille dame qui a l’âge qu’aurait eu Marilyn, qui est mère célibataire, qui a vécu aux Etats Unis et qui a un fils dont l’âge correspond à la date de sa relation avec JFK… Et qui laisse planer le doute, inconsciemment…

« J’ai moi-même commencé à vivre pleinement quand j’ai décidé d’arrêter de vivre dans le regard des autres. »

Un roman frais, amusant, sur nos choix, ceux qui déterminent qui nous sommes ou qui nous souhaitons devenir.

Je suis là – Cléclie Avit

je suis là20 semaines environ qu’Elsa est en apparence endormie sur un lit d’hôpital.
42 jours un peu près qu’elle est consciente, de son environnement : du diagnostic plutôt pessimiste de ses médecins, des allers-retours du personnel hospitalier et surtout de la douleur, l’attente et l’espoir de ses proches.
6 semaines  qu’Elsa est réveillée de ce coma profond, mais ne ressent rien… !

Thibault, un jeune homme anéanti et en colère face au destin tragique de son frère qu’il idéalisait tant… Un mois qu’il n’arrive pas, ne veut pas lui rendre visite, et déverser sa haine et son incompréhension face à cette vérité glaçante qu’est la mort, de deux jeunes filles innocentes, causée par son frère, alors sous l’emprise de l’alcool.

Un après-midi, voulant fuir sa famille, Thibault, par inadvertance, va faire irruption dans la chambre d’Elsa.

Un sentiment étrange va s’installer, entre la belle endormie, et le le jeune homme meurtri.

Peut on tomber amoureux au simple contact d’une main sans même échanger  une phrase, juste s’écouter chacun de son côté, avec un seul désir: que l’autre entende? Se dire à la fois que c’est complètement fou, et paradoxalement juste avoir l’espoir du « peut être »…

Clélie Avit nous livre, un conte moderne pour épater les grands enfants. Une histoire touchante et émouvante. (par Vanda)

 

L’Homme qui ment – Marc Lavoine

l'homme qui mentPour ceux qui n’ont pas lu la chronique pour ce livre coup de coeur, c’est ICI.

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos Rêves indiens – Stéphane Marchand

nos rêvesUn livre à découvrir absolument ICI!!

 

 

 

 

 

 

Yeruldelgger – Les Temps sauvages – Ian Manook

Yeruldelgger

Les Temps sauvages - Yeruldelgger

Pour lire la chronique sur ces 2  polars addictifs, c’est ici!

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5 Commentaires

  • s-roy@agefiph.asso.fr'
    Répondre Roy Sandrine 6 août 2016 à 12 h 55 min

    Bonjour Lili,
    J’adore vos commentaires qui me redonnent l’envie de lire…
    J’ai très envie en ce moment de lire de la poésie romantique.
    Auriez vous des livres a me recommander ou des auteurs ?
    Un grand merci à vous par avance.
    Bien a vous.

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 11 août 2016 à 22 h 07 min

      Ouh la la!!!! Il faudrait que je me replonge dans ces « classiques »!!!
      j’ai de bons souvenirs d’Alfred de Musset et de Victor Hugo, bien évidemment….
      merci de ta confiance!

  • sappho.baudelaire@gmail.com'
    Répondre Sophie 11 août 2016 à 9 h 29 min

    Beaucoup de livres très tentants. Merci de ces belles propositions.

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 11 août 2016 à 22 h 03 min

      Oh mais de rien! Ces livres sont tous touchants. A leur manière. Et c’est chouette! Merci Sophie et à bientôt!

  • Répondre L'ado qui se cherche... - Lila sur sa Terrasse 27 mai 2017 à 9 h 33 min

    […] Il lit aussi ce que je lui montre, me donne même son avis. Et fut conquis par « Territoires » d‘Olivier Norek…Le seul livre qu’il ait lu en entier, sans y être […]

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