La Malle aux Livres noirs

Et le mal viendra – Nathalie Hug/Jérôme Camut

27 décembre 2019

Est-il raisonnable que nos gamins aient des enfants à leur tour, dans les prochaines années?

C’est une question violente mais réaliste au regard de notre monde qui semble s’écrouler tout doucement. Quel monde est-on en train de leur laisser? En 100 ans, les hommes ont ravagé la nature à un tel point qu’il est parfois même difficile de le concevoir. Réchauffement climatique. Espèces qui disparaissent. Pollution extrême. Depuis des centaines d’années, des hommes ont joué avec d’autres hommes, les rendant esclaves, les avilissant, les exploitant pour s’enrichir effrontément.

Dans Islanova, Nathalie Hug et Jérôme Camut nous entraînaient dans une Zone A Défendre. Avec tout un cortège de personnages aussi différents les uns que les autres

Dans leur nouveau roman  il est question d’injustices et d’inégalités. A différents niveaux. Et surtout ils nous dévoilent les origines de cet extrémisme écologique. Si Islanova nous avait laissé malgré tout un sentiment de sympathie pour ces femmes et ces hommes capables du pire pour défendre leurs idées et leur philosophie, si dérangeante puisse-t-elle être, « Et le mal viendra » nous explique tout.

A quel moment ont-ils basculé de l’altruisme, de l’amour pour cette nature qui nous offre tout à la haine des hommes qui l’exploitent et la ruinent? Parce que c’est bien de haine qu’il s’agit. La haine de l’injustice, de l’exploitation humaine et de la cupidité de nantis qui s’enrichissent sur le dos de populations à travers le monde. De l’Europe à l’Afrique, que nous découvrons au fil des chapitres, les personnages s’étoffent et deviennent d’autant plus attachants et convaincants malgré leurs idées extrêmes. Au point d’avoir plus les yeux humides à la mort d’un gorille qu’à celle de nombreux hommes.

Il n’y a aucun manichéisme chez Nathalie Hug et Jérôme Camut. Ils racontent, expliquent, démontrent et enrichissent leurs écrits de connaissances, de preuves concrètes sur le désastre annoncé, avec une écriture aussi intelligente que leurs propos. Où sont les bons et les mauvais? Nulle part et partout. Ils se mélangent pour offrir à ces personnages une complexité saisissante. On les aime comme on les déteste. Au fil des pages, on se surprend à les apprécier et à accepter leurs motivations. Qu’îls se prénomment Julian, Vertigo, Morgan, Charlie…

On comprend d’autant plus, alors,  la violence d’Islanova, sans forcément la cautionner. Mais oui, on la comprend. Ce qui est déjà un pas vers une légitimité déstabilisante. Parce qu’à un moment, nous n’aurons, hélas, plus le choix.

« Et le mal viendra ». Certes. Mais s’il était déjà là et bien installé?

A lire absolument.

Chez Fleuve Editions

 

[ssba]

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