Le Boudoir des Nanas

Harcèlement.

12 octobre 2016

Avant que vous n’entamiez votre lecture, je tiens à préciser que ma fille a lu cet article et qu’elle m’a accordé le droit de le publier.

HARCÈLEMENT.

Le mot est jeté.

Vous l’entendez souvent dans les médias.

Il revient périodiquement avec  les exemples tragiques d’enfants, d’ados, qui ont vécu l’enfer sur une période plus ou moins longue, allant parfois jusqu’à mettre fin à leur jour…

Vous le savez – ou pas, je suis enseignante.

J’ai donc été formée, et plusieurs fois même.

Ma dernière animation portant sur ce thème s’intitulait « Les jeux dangereux » et était menée par la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ).

Les gendarmes nous y ont expliqué qu’il existait des agresseurs ACTIFS – ce sont les instigateurs de ces « jeux ».

Ils font une utilisation ludique d’un acte agressif.

Ils sont charismatiques, peuvent être manipulateurs – c’est-à-dire ne pas participer, mais tout mettre en place pour qu’il y ait agression, ils ont également souvent un fort détachement émotionnel  et abusent des phrases : « c’était pour rigoler, c’est pas grave, ça va !! ».

A leur côté, nous trouvons les agresseurs PASSIFS qui se laissent entraîner par le leader et/ou le groupe.

Eux encouragent, rigolent…

Et puis bien sûr, en face, il y a une VICTIME qui peut être de tout type : très bon élève, timide, jalousé, un nouveau…

Les responsables des agressions physiques et sexuelles sont majoritairement des garçons – les filles, quant à elles, préférant faire courir des rumeurs.

Les signaux qui doivent nous alerter ? Un enfant/ado porteur de coups, connaissant une angoisse scolaire subite, une phobie nouvelle, montrant des signes de dépression.

La BPDJ a insisté sur le fait que dans tous les cas il fallait réagir.

Dans l’intérêt de la victime d’abord – c’est une évidence !!, mais aussi dans celui des agresseurs.

Un harceleur laissé dans l’impunité va en effet voir grandir son sentiment de toute puissance avec les conséquences que l’on imagine pour la suite.

Pourquoi vous dis-je tout cela?

Parce que bien que sachant, quand le harcèlement a débarqué dans ma famille, je n’ai pas su adopter les bonnes réactions.

Ce sujet avait été maintes fois abordé chez nous et nous discutons énormément, aussi ma fille nous en a-t-elle parlé immédiatement.

J’ai reçu un vendredi après-midi un coup de téléphone au cours duquel, en larmes, elle m’a expliquée s’être retrouvée au fin fond de la cour du collège face à 20 élèves qui l’ont lourdement insultée pendant plusieurs minutes.

Et ensuite ?

Ensuite, je l’ai écoutée – et comprise et confortée – quand elle m’a dit vouloir gérer la situation.

Qu’à 15 ans, on devait être capable de régler ses problèmes seules.

Qu’aller voir la direction du collège ne ferait qu’aggraver la situation.

Que les vacances arrivaient et que tout le monde aurait oublié à la rentrée.

J’ai acquiescé.

A tous ses arguments.

Dans le même temps, je l’ai écoutée, l’ai vue fondre en larmes, ai minimisé parfois, positivé souvent, ai pris sa colère, son mal-être dans la figure tant de fois.

(Je dis « je », mais c’est toute la famille qui a vécu cela bien sûr.)

Je suis une optimiste, je crois en la nature humaine, je ne pouvais pas imaginer que les gamins dont elle me parlait, que j’avais reçus chez moi, que j’appréciais, puissent agir comme ça sur du long terme, puissent se faire embarquer par une seule gamine manipulatrice qui avait décidé que la mienne devait être honnie.

Et le temps a passé.

Seuls deux mômes lui adressaient la parole dans sa classe.

Les crises de larmes sont devenues de plus en plus fréquentes.

Elle a eu un jour cette phrase : « Avant, quand tu me faisais lire des articles sur ces jeunes filles qui se suicident à cause du harcèlement ou des réseaux sociaux, ça m’agaçait. Maintenant, je comprends. »

Je me suis dit que ça n’était plus possible, que j’allais la déscolariser, qu’il ne restait que quelques semaines avant le brevet, qu’on allait gérer.

J’ai pris rendez-vous avec un psy pour qu’elle vide son sac face à quelqu’un de neutre.

Et j’ai appelé la direction du collège qui est tombée des nues, ne pouvant y croire : ma fille donnait parfaitement le change, continuant à être investie et même motrice dans l’établissement, faisant la part des choses – ce que je savais bien sûr…

Le principal adjoint nous a reçus et a enfin eu les mots que j’aurais dû avoir, a fait ce que j’aurais dû faire.

Enfin.

Ma fille a pu terminer son année scolaire assez sereinement.

Contrairement à ce que j’imaginais à ce moment-là, il n’a pas fallu grand chose pour que tout change…

Pourquoi vous dire tout cela donc?

Parce que ma fille n’avait, pour moi, absolument pas le profil de la victime : caractère bien trempé, bonne élève, bien dans ses baskets.

Parce que je me suis dit qu’elle allait gérer, s’en sortir.

Parce que la peur de représailles plus importantes nous a, comme beaucoup, fait nous taire.

Parce qu’en tant qu’adulte, je n’aurais pas dû avoir la réaction qu’attendent les agresseurs.

Et encore moins, en tant que professionnelle de l’éducation.

Je vous dis tout ça pour que vous n’ayez pas mon enchaînement de mauvaises réactions, pour que la trouille soit moins forte que la sagesse, pour que vous ne perdiez pas les quelques mois (ou bien plus !) qu’elle a perdus – même si je crois que cela lui a aussi apporté…

Il y a quelques jours un jeune homme l’a menacée de coups si elle ne « succombait » pas à ses charmes.

Nous avons réagi.

Vite.

Le problème est réglé.

UN NUMÉRO VERT CONTRE LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE: COMPOSEZ LE 3020.

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Un commentaire

  • boucheragnes@orange.fr'
    Répondre agnesb62 13 octobre 2016 à 18 h 59 min

    J’ai regardé l’autre soir, le téléfilm Marion, 13 ans pour toujours, puis le débat qui a suivi. Cela m’a atterrée. Je me suis demandée si la mixité avait participé du renforcement de ces actes odieux… Je n’ai pas de réponse, mais j’ai un âge où, jusqu’à la fin du collège, les filles étaient beaucoup plus nombreuses dans mon établissement, parce qu’historiquement collège de filles. Les réseaux sociaux sont également incriminés. Bref, la confiance toujours avec ses enfants, indispensable même si hélas pa systématiquement suffisante… Bon courage 🙂

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