Anonym'us

Interview du trophée Anonym’Us : NATACHA CALESTREME

8 février 2018

Natacha Calestrémé est l’auteur de trois romans : Le Testament des abeilles, Le Voiles des apparences et Les Racines du sang, parus chez Albin Michel.

1- Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?

C’est une histoire incroyable. J’ai écrit « Le testament des abeilles » et je l’ai envoyé à Oliver Fribourg, aux éditions des Equateurs. Il me l’a pris et m’a signé un contrat puis il me l’a fait retravailler. La structure, le style, les dialogues. Après un an de travail, je pensais en avoir fini des corrections, il me dit « maintenant on s’attaque au romanesque ». Je trouvais mon texte vraiment abouti et je n’étais pas d’accord. Nous avons décidé de rompre le contrat tout en restant en bon terme. Il m’avait tant appris. J’ai ensuite proposé mon manuscrit à Caroline Lépée chez XO. Elle me dit « l’histoire et le personnage sont formidables, mais il manque du… romanesque ». Oups. Pour m’expliquer en quoi ça consiste, elle prend un exemple. « Dans la saga Millénium, on sait la manière dont va réagir le héros avant qu’il n’agisse parce qu’on le connaît si bien, ses qualités mais surtout ses défauts et ses manies… qu’on le voit venir. C’est son background, ce qui fait que ton roman n’est pas juste un thriller avec d’incroyables fausses pistes. C’est aussi un héros qui a eu une enfance et une adolescence avant de devenir adulte, même si on n’en parle pas dans le texte ». Ça a fait tilt. J’ai tout repris et le mystère autour de la mort du père du héros s’est imposée toute seule. Caroline ne pouvait pas prendre mon manuscrit parce qu’elle quittait son poste pour monter sa société. J’ai donc envoyé mon manuscrit 18 mois après le premier jet, à sept éditeurs différents. Deux m’ont tout de suite dit oui, j’attendais qu’une maison importante me le prenne. Puis je suis allée voir un guérisseur que je connais bien à cause d’un mal au dos. Il me demande « Tu en es où de ton livre ». Je lui explique que j’attends des réponse. « L’as tu envoyé à Albin Michel? ». Non. « Fais-le, ils vont te le prendre ». Je l’ai écouté et cinq jours plus tard, le patron d’Albin Michel m’appelait pour signer un contrat. « C’est un grand polar, on ne touche pas une ligne ». Ouf ! Je suis journaliste et j’ai toujours écrit, mais un roman ne s’improvise pas. Je devais me remettre en question et ce temps-là était nécessaire à mon apprentissage. Aujourd’hui, je dirige une collection chez un éditeur et j’apprends aux autres à écrire…

2- Ecrire… Quelles sont vos exigences vis à vis de votre écriture ?

Je m’adapte assez bien aux personnes qui m’entourent et à l’urgence de mes autres activités, l’écriture d’articles ou la réalisation de documentaires, car je suis journaliste et réalisatrice par ailleurs. Mon rythme idéal pour l’écriture d’un roman, sans famille ni contrainte : 9h-14h écriture non stop. 14h-16h déjeuner puis promenade en nature. 16h-21h écriture. 21h-23h dîner + documentaire de type « faîtes entrer l’accuser », je suis fan. 23h-1h du matin, écriture. Puis dodo. Avec ce rythme, je ne me fatigue pas… mais je peux rarement le mettre en place.

 

3- Ecrire… Avec ou sans péridurale ?

Sans péridurale. Je me sens guidée, accompagnée par l’invisible, c’est réconfortant et parfois drôle. Je suis petite fille de guérisseur, le surnaturel est présent dans ma vie et dans mes romans.

 

4- Ecrire… Des rituels, des petites manies ?

Je commence chaque journée d’écriture en allumant une bougie pour les êtres invisibles qui m’accompagnent (dont mes personnages) et je brûle de l’encens pour purifier mes pensées. J’éteins la bougie en fin de journée en remerciant l’univers et les nombreux êtres chers que j’ai perdu en leur envoyant de belles pensées.

 

5- Ecrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est-ce qui vous plait dans chacune d’elles ?

J’ai écrit une nouvelle pour le journal Libération et faire tenir une histoire en si peu d’espace est une sacrée gageure. C’est moins évident qu’un roman, je trouve, pour que ce soit réussi.

 

6- Votre premier lecteur ?

Mon mari qui est également écrivain et journaliste. Il ne me fait pas de cadeaux mais il me critique avec bienveillance. J’ai beaucoup de chance. Ses remarques sont toujours très justes.

 

7- Lire… Peut-on écrire sans lire ?

Je lis beaucoup et un peu moins quand j’écris. Dans ce cas, ce ne sont que quelques pages avant de m’endormir.

 

8- Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

Je suis fan de Romain Gary, Alexandre Dumas ou Tolstoï. Côté contemporains, j’ai récemment découvert Sandrine Colette qui m’a emballée par son écriture. En polar/thriller, j’aime les personnages improbables de Fred Vargas, les intrigues de Michaël Connely, les retournements de situation de Michel Bussi, l’univers d’Arnaldur Indriadson et l’aspect psychologique de Paul Cleave.

 

9- Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?

J’ai toujours un roman d’avance dans ma tête, qui murit et se développe au fil de mes recherches, tandis que j’en écris un autre. Les choses se font automatiquement. Voici comment je travaille. Une idée vient, je mène des recherches parfois pendant plusieurs années, je constitue le plan, le découpage des chapitres et des fausses pistes et quand tout est prêt, je commence l’écriture. A ce moment, précisément, je n’ai plus besoin de réfléchir au livre que j’écris puisque toute la trame est notée. Systématiquement, c’est là qu’une nouvelle idée fait jour. Je partage alors mon temps entre l’écriture du roman et les recherches pour le suivant.

 

10- Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym’Us ?

J’aime beaucoup l’idée d’être jugée sur son écriture sans influencer le lecteur par son nom. Ecrire une nouvelle, c’est toujours un sacré challenge pour moi.

 

11- Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes?

Je pense que les personnes apprécient le polar parce qu’elles aiment le suspens et se faire peur. Mais pas gratuitement. Je crois que le gore est en train de passer de mode, peut-être à cause de trop de noirceurs de notre société justement. D’ailleurs, les lectrices, bien plus nombreuses que les lecteurs apprécient de plus en plus les auteurs qui proposent des livres à suspens mais sans crime et dont les héros montrent la manière d’être heureux, de dépasser les épreuves ou d’aller mieux.

 

12- Vos projets, votre actualité littéraire ?

Après « Le testament des abeilles », « Le voile des apparences » et « Les racines du sang », je viens de finir d’écrire le 4ème opus, toujours avec le même héros, aux éditions Albin Michel. Chaque roman aborde un thème fort et celui-ci traite de l’emprise, du harcèlement conjugal et le moyen de s’en sortir. Il sera édité au printemps 2018.

 

13- Le (s) mot(s) de la fin ?

Chacun de mes livres a une mission qui lui est propre. J’aime partager dans une intrigue ce qui m’a fait grandir ou ce que j’ai appris pour relever la tête des épreuves. Ecrire cette nouvelle pour Anonym’Us est très enthousiasmant. J’ai hâte de m’y mettre. L’histoire est en construction. Merci à vous de m’y avoir invité.

 

[ssba]

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