Anonym'us

Interview du trophée Anonym’Us : JAMES OSMONT

11 janvier 2018
  1. Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?

Bonjour, quand même ! On n’est pas des bêtes ! Bon, oui, le manuscrit, l’éditeur, les espoirs pleins les yeux mirant chaque page qui sort de la photocopieuse, avec au final un ticket de caisse d’une tonne, mais qui ne pèse pas encore aussi lourd que toute l’ambition que tu y as mis… Jusqu’au drame. Le silence. Plus que le refus, même non motivé (ou bien par une lettre standardisée) ; le foutu silence. Mais c’est une histoire que tout le monde a vécu, miracles mis à part. D’une confondante banalité, même, cette histoire !

 

  1. Ecrire… Quelles sont vos exigences vis à vis de votre écriture ?

Ça vaut ce que ça vaut, et sans prétention aucune ;  mais il est clair que j’apporte beaucoup de soin au style et à la « petite musique des mots », au rythme etc… Sur le fond, mon leitmotiv était de livrer une copie réaliste et crédible cliniquement, loin de certaines caricatures pseudo-psychiatriques que l’on rencontre dans beaucoup de « romans de genre »

 

  1. Ecrire… Avec ou sans péridurale ?

J’aurais voulu dire « avec », par confort. Mais en réalité c’est « sans », ça m’épuise, ça prend la place de tout le reste, sommeil compris, ça m’est sans doute nécessaire pour rendre un copie forte et urgente… Pour le moment du moins, je ne sais pas faire autrement. Tant que cela est synonyme de spontanéité et objet d’un fort sentiment d’accomplissement artistique, ça continuera comme ça.

 

  1. Ecrire… Des rituels, des petites manies ?

Procrastiner. Même quand j’ai quatre heures devant moi, le temps de me mettre dans un certain état, me laisser traverser par les idées qui viennent, s’imposent parfois, à la naissance d’un fil à tirer ; je sais que je n’écrirai de manière vraiment productive que dans la dernière heure… Ça, plus la musique et le café, évidemment.

 

  1. Ecrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plaît dans chacune d’elles ?

Le vertige d’un roman, parce que tout est possible, l’horizon est souvent lointain, on respire, on peut prendre le temps, mais il faut s’astreindre à une certaine méthodologie. La concision et les contraintes d’une nouvelle, encore plus à thème imposé, ça a quelque chose de jouissif aussi, à réussir des contorsions pour faire entrer dans une cage cette animal a priori inapprivoisable qu’est l’inspiration.

 

  1. Votre premier lecteur ?

Moi. Je pense que c’est très important, de prendre du recul et de relire en se disant en permanence : « si j’étais le lecteur lambda qui tombe sur ce texte, qu’est-ce que je ressentirais ?». Ensuite bien sûr je travaille avec deux ou trois beta lecteurs de confiance. Ma femme juste après, je ne peux pas lui montrer quelque chose de pas suffisamment abouti.

 

  1. Lire… Peut-on écrire sans lire ?

Non. Absolument impossible. Du moins pour la fiction. Pour le témoignage, c’est différent je pense. En tout cas, on ne peut pas écrire sans « avoir lu ». C’est une culture, une gymnastique du cerveau, des archétypes, une notion (même partielle) de tout ce qui a déjà été dit et de quelle façon… Par contre, pendant la phase de création très  intense, là, j’éprouve beaucoup de mal à lire. Ça me parasite, ça chasse les idées qui germent et m’habitent alors. Ce qui fait que depuis deux ans, j’ai beaucoup réduit mon rythme de lecture.

 

  1. Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

J’ai une culture classique. Imposée puis par goût. Zola en particulier. Par transgression adolescente, j’ai ensuite lu beaucoup de science-fiction, de fantasy, mais avec toujours la quête d’une vraie plume, Dan Simmons par exemple. Le polar, le thriller, c’est venu plus tard, parce que le temps pour lire était plus réduit à l’âge adulte et j’avais comme beaucoup de gens le besoin un peu primaire de ressentir, fort et vite. Mais je pense que ce genre peut ne pas se résumer à ça. C’est vraiment réducteur et un peu snob de le croire. Je citerais Vargas pour la plume, là aussi. Mais il y en aurait tellement d’autres…

 

  1. Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?

Je suis « auteur », mais avant les mots j’utilisais la photographie comme media. Les pannes d’inspiration ne m’ont jamais fait peur. C’est typiquement quand ont s’acharne à chercher ses clés que le trousseau reste introuvable. Si on laisse venir, si on repose son esprit, voire qu’on le met un peu en jachère, en lisant à nouveau par exemple ou en vivant d’autres expériences, en se ré-ouvrant aux autres : là les idées reviennent naturellement. Pour le moment ça s’est toujours passé comme ça. Si don il y a, il est peut-être là…

 

  1. Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym’us ?

Je n’ai pas eu à « accepter », puisque c’est une place que s’est libérée et qui m’a permis de proposer ma candidature. J’ai rapidement retenu l’attention et je n’en croyais pas mes yeux. Mais effectivement, le concept d’une joute d’auteurs reconnus et plus anonymes à l’aveugle est vraiment très stimulante. Quant à l’aspect humain ressenti lorsque plusieurs membres du jury sont venus me saluer et me souhaiter bonne chance : c’est rare et très appréciable.

 

  1. Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes ?

Les mass media voudraient le croire. Je pense que des histoires sombres dans la tradition orale ou depuis l’invention de l’imprimerie, l’Homme a toujours aimé s’en raconter. Pour expier ses peurs, pour souder les groupes dans une communauté de destin ou contre un ennemi commun, réel ou fantasmé. Il n’y pas plus de serial killers depuis qu’on les glorifie, j’en suis persuadé. Et il n’y pas plus de vocation de flic depuis Colombo ou Maigret. Il y a des équilibres immuables, des vocations de malfaisance ou de défenseurs de la veuve et de l’orphelin. C’est inhérent à la nature humaine. Le reste est affaire de marketing et de mode. Et il est de ce fait difficile de valoriser une démarche qu’on pense « artistique » dans un « marché » qui vise des cœurs de cible et se nourrit annuellement (voire plus) du thriller typique venu du nord ou du roman option flic bourru cinquantenaire ou de la surenchère sanguinolente etc… La bulle éclatera et la lassitude pointera son nez si on ne valorise pas les propositions plus en marge, qui débordent des cases, les genres et les grosses ficelles un peu usées…

 

  1. Vos projets, votre actualité littéraire ?

Je termine cette trilogie avec le sentiment d’avoir beaucoup donné de moi. Je me mets un peu en dormance justement là, comme les orchidées pour qu’elles refleurissent, il faut les assécher un peu, qu’elles luttent pour leur survie… Mais ça revient vite, parfois malgré moi… J’écris plutôt des textes courts actuellement, certains servent à des participations à des concours, d’autres à des recueils de nouvelles comme celui au profit de la fondation ELLE. Je ne m’interdis rien, je n’ai pas de plan de carrière, je saisis les opportunités et les rencontres, ça a toujours plutôt porté ses fruits, que ce soit plume en main ou derrière mon objectif photo…

 

  1. Le (s) mot(s) de la fin ?

    Restez curieux, l’auto-édition a son lot de promesses insoupçonnées, lisez pour la culture, la découverte, la bousculade émotionnelle, l’émulation intellectuelle, pas comme des consommateurs. On a le public que l’on mérite, et le mien est en or. Je n’en finis plus de dire merci pour ce qu’il m’arrive depuis deux ans. Bouche à oreille et rock n’roll !

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