La Malle aux Livres

La vie à côté – Mariapia Veladiano

17 janvier 2016

la vie à côté« La haine est un sentiment que j’ignore. La haine est pour ceux qui ne comprennent pas. »

Elles sont magnifiques ces deux phrases.

Surtout quand elles sont prononcées par Rebecca, une femme laide qui a grandi sous les regards horrifiés des gens qu’elle croisait.

A sa naissance, sa propre mère la rejette. Elle ne lui accordera aucun signe d’affection ni d’attention. Jamais. Elles se côtoieront  comme deux inconnues. Son père ne s’en occupera que de façon « alimentaire », presque obligée. Elle trouvera de l’affection dans les bras de la domestique, Maddalena, et dans ceux de sa tante paternelle Erminia, professeur de piano, qui verra en elle un futur prodige et qui lui offrira ses seules sorties hors de la maison, en pleine nuit, pour ne pas avoir à subir le regard des autres. Sa maîtresse d’école Albertina l’aidera à affronter le regard des autres enfants. Son amie Lucilla offrira à cette petite fille rejetée la plus belle des amitiés. Son professeur de piano, Aliberto De Lellis et sa mère lui apprendront à l’adolescence combien la musique peut être salvatrice. Et lui donneront les clefs de bien des secrets familiaux.

Elle grandit sous nos yeux à la fois émerveillés par sa beauté intérieure, sa grandeur d’âme et révoltés par le comportement des gens à son égard. Certains passages sont bouleversants, émouvants à en avoir les yeux aussi humides que les eaux de ce  fleuve qui traverse ce livre du début à la fin.

Rebecca ne se plaint jamais. Elle observe et essaie de savoir, de comprendre le regard des autres. Sa souffrance est nôtre quand elle dit:

« Une petite fille laide voit, observe, étudie, écoute, perçoit, devine; dans chaque inflexion de voix, expression du visage, geste involontaire, dans chaque silence, long ou court, elle cherche un indice qui la concerne, en bien ou en mal. Elle a peur d’entendre quelque chose qui confirme ce qu’elle sait déjà, autrement dit que son existence est une vraie calamité. Elle espère entendre un mot qui l’absolve, fût-il un mot de pitié.

Une petite fille laide est l’enfant du hasard, de la fatalité, du destin, d’une erreur de la nature. Une chose est sûre, elle n’est pas l’enfant de Dieu. »

Elle ne haïra jamais quiconque. Même pas sa propre mère. Alors que nous, lecteurs, aurions tendance à la mépriser cette femme glaciale. L’instinct de protection sans doute… Parce que oui, nous aimerions la protéger Rebecca. De ce monde insensé dans lequel les apparences règnent en maîtresses méprisables. Lui apporter de l’Amour. Comme la poignée d’amis qui ne la quitteront jamais.

Mais au final, c’est elle qui nous le donne cet Amour, à travers ses mots, sa bienveillance et son incapacité à penser le moindre mal. Son goût pour la vie, sa passion pour la musique et sa bonté nous giflent à chaque page.

Elle n’est pas laide Rebecca. Non. Elle est Belle. Vraiment Belle.

Dans ce premier roman magnifique, Mariapia Veladiano aborde des sujets violents comme le rejet d’un enfant, l’émancipation d’une femme meurtrie, l’acceptation des différences et la bêtise humaine avec une délicatesse et une pudeur hors du commun. A aucun moment elle ne sombre dans le pathos, dans le voyeurisme ou dans la colère. Sa plume est jubilatoire. J’ai lu et relu certains passages avec un plaisir à peine dissimulé. Est-ce parce que les syllabes finales de son prénom et de son nom forment le mot « piano » que celui ci nous accompagne divinement tout au long de notre lecture, en faisant références aux compositions des plus grands pianistes? Je l’ignore…

En refermant ce livre, cette certitude nous éclaire plus que jamais: chacun d’entre nous a un don pour le Bonheur en lui. Un don qu’il faut absolument trouver, travailler et faire grandir. Nous ne deviendrons vraiment Nous qu’à ce moment précis.

(Article écrit en partenariat avec Le Livre de Poche)

[ssba]

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