Le Boudoir des Nanas

L’ado qui se cherche…

27 mai 2017
l'ado

Je ne sais toujours pas pourquoi c’est précisément ce soir là de septembre, que devant ses copains en colère je lui ai réquisitionné son smartphone… Certes il m’avait mise en rogne, mais je ne m’explique pas, pourquoi là et pas avant, me suis-je, décidée à fouiller son intimité…Et ce que j’allais découvrir fut un choc… Mon fils, mon bébé… Une nuit blanche, rempli de doutes, d’incompréhensions, de faux semblants, de mensonges et de révélations…

 

Partie 1:

Pour comprendre, il faut d’abord remonter l’horloge du temps, faire un bond en arrière, de presque 14 ans…

Quand mon aîné est venu au monde. Celui-ci était attendu, car même si je n’avais que 21 ans, ce bébé je le voulais… OUI vous savez comme dans les contes de fée : le mariage très prochainement et le » ils vécurent heureux… »

La princesse (moi), était  impatiente de jouer à la poupée… Mais elle et le prince Charmant n’étaient pas vraiment matures jadis, et ils comptaient énormément sur l’aide précieuse des parents de la princesse.. Des parents dévoués, un peu trop, ça ne fait aucun doute… La preuve: notre adorable couple vivait encore chez eux… Donc quand le messie est arrivé, tout était simple, puisque Maman était là… Des nuits  à la reprise du travail…Vraiment tout!!!

Ce petit ange était parfait, poli, timide et tellement mimi… Rien ne lui était refusé, ni par ses parents ni par ses grand parents…

Même si nous avions déménagé, mes parents le gardaient très souvent, bien plus que les heures durant lesquelles nous travaillions. Il faut dire, qu’il était un peu comme leur fils aussi…En leurs présence, il m’arrivait de m’adresser à lui comme à un petit frère…

Les années passant, presque dix exactement, le prince et la princesse sont devenus des « adultes », ils vivaient à présent dans le monde réel… avec le désir d’agrandir leur famille… Les nuisibles sont arrivés et je dois dire que ma façon d’être était bien différente, avec eux je découvrais, je m’angoissais, ou bien j’étais émerveillée du moindre petit gazouillement..

Mes parents veillaient sur nous mais de loin, enfin d’une façon que je qualifierai de normale… Sauf avec mon grand… Mais peu importe, pourquoi chambouler la vie d’un enfant qui vit ainsi depuis dix ans…

Le pourquoi? finalement, personne n’en a été maître… C’est le destin qui a décidé que tout serait différent, à partir de ce 30 janvier 2012… Et il n’a pas été tendre… Du jour au lendemain il, nous a pris violemment ma Maman.

Dans mon livre de vie, je n’avais pas prédit cet événement tragique, du moins pas aussi tôt, et pas aussi rapidement… Il était aux environs de 7h15, ( je vous épargne un long discours sur les émotions qui passent par le corps, le cœur et la tête à ce moment-là. ) J’ai habillé mes bébés, et les ai confiés à une amie de mes parents. À mon fils aîné je lui ai juste dit: « Mamie est partie, ne soit pas triste. » Je l’ai déposé à l’école, sans rien à ajouter de plus, pour ne le récupérer que le soir.

Il fut très courageux, pas une larme, pas un sanglot et ce durant 4 ans et demi, ni devant nous, ni devant ses amis que j’interrogerai par la suite…En apparence il allait bien…
Un enfant  dissimule parfois mieux qu’un adulte ses émotions… La vie venait de foudroyer le cœur de mon fils, lui enlevant une part d’innocence de son enfance. Laissant planer un sentiment d’injustice, et le goût amer de l’inachevé…

Partie 2:

La fin de ses années d’école primaire et le début de la sixième se sont déroulées à merveille… Je pensais même, qu’ il pouvait se débrouiller seul, notamment les devoirs ou gérer son emploi du temps, à cette époque je lui faisait « confiance » au point de ne pas vérifier ses notes sur pro-note ou les mots dans son carnet de correspondance par exemple… Je  le confiais à mon papa régulièrement pendant les vacances pour ne pas le perturber entre autre, mais surtout céder à son souhait d’être auprès de son papi… Mais j’avais omis que le petit garçon se muait en pré adolescent…

La confiance est essentielle entre un enfant et ses parents… Le laisser en évoquant celle-ci fut un manque de délicatesse de ma part… Il se sentait grand et je me rassurais en le pensant grand…

Même si nous passions quelques bons moments tous les deux, il n’y avait pas un seul jour sans que le ton hausse très fort. Il me faisait peur et  cette peur était réciproque.
Nos proches  s’amusaient à dire que l’on se cherchait souvent au sens péjoratif du terme. Ils n’avaient pas tort, Sauf qu’aucun de nous n’a su trouver des réponses, nous étions là tous les deux, suspendus dans le temps, bloqués sur pause car nous n’arrivions pas à aller de l’avant…
Il fallait crever l’abcès, comme on dit… L’incompréhension ayant pris le dessus… Le dialogue était quasiment impossible.

Alors, nous avons entamé une analyse.

La première séance fut compliquée, mon fils a pleuré sa mamie pour la première fois depuis le décès. Je l’observais, les yeux remplis de larmes, mais je suis restée stoïque, malgré mon cœur qui hurlait « Prends le dans tes bras« , pendant que mes membres eux, refusaient d’obéir… L’heure s’est écoulée, sans  que je ne parvienne à le serrer contre moi…
Nous avons poursuivi notre thérapie, séparément. Et même, si c’était une réalité, ce fut un véritable cataclysme quand la psychologue m’a dit que j’étais, en fait, une étrangère pour mon fils… Nous avions un « contact » certes, mais pas le bon jusqu’à présent…

Au bout de quelques séances nous avons commencé à parler, mais une faille bien plus profonde, sous mes yeux commençait à se fissurer…

Partie 3:

Je vous ai conté son passé, non pas pour lui trouver des excuses, ni pour justifier ce qui va suivre, mais pour que vous compreniez nos états d’esprit….

Mon monde s’écroula à lectures des sms de mon fils cette fameuse nuit de septembre… Déjà les cigarettes je ne tolère pas… Mais là c’était le cran au-dessus…

J’étais anéantie et fâchée, je l’ai même maudit. Les souvenirs du passé firent un bon dans mon présent, sous mes yeux, les signes, les avertissements… Incontestablement, un choix s’imposait, soit laisser la honte et la culpabilité me ronger, ignorer les messages ou alors affronter le malaise qui nous avait éloigné, se battre et sauver ce qui peut encore l’être…

Le réveil fut chaotique. Lorsqu’il s’est aperçu que j’avais fouillé dans ses affaires, le côté sombre de mon fils s’est immédiatement manifesté.

Il fallait rester calme, pas le choix, si je lâchais prise à ce moment c’était foutu… C’est aussi là, que j’aperçus l’ouverture de la faille, si bien enfouie, mais qui avait débuté durant son année scolaire de cinquième, il y a un an et demi environ… Les signaux étaient pourtant clairs, tel que le changement de classe qu’ il  désirait, la chute de ses résultats scolaire ou l’absence d’amis dans sa classe… Des choses évidentes aujourd’hui, mais que je croyais être des caprices passagers à l’époque …

Longtemps, je me souviendrai de ce vendredi de septembre tourmenté.

Mon fils est passé par tous les états possibles, la colère et la rage étant prédominantes.
L’écoute à la fois d’une oreille et le « je m’en foutisme » de l’autre, face au discours de notre médecin de famille, à qui j’avais demandé un dépistage pour:

– affirmer mes soupçons et confronter mon fils à ses bêtises avec une preuve noir sur blanc…(Test, qui est toujours d’actualité et renouvelé tous les mois, mais vierge aujourd’hui…)

La tristesse ensuite, entre le moment où il voulait mourir, avec cette sensation de n’être rien… (Une partie de moi savait, que ce n’était que des paroles en l’air… Mais avec une petite angoisse en réserve…)

Puis, la fugue d’abord comme une menace, puisque la précédente à échoué  et l’action pour défier certainement.
Je me souviens avoir dit aux nuisibles, votre grand frère joue à cache-cache, nous allons le chercher en ville.

Une fois retrouvé, nous sommes rentrés à la maison, il s’est assis sur le canapé, avec pour compagne « la mélancolie ».

(Je savais également, qu’il venait de se brouiller avec des amis… Qu’il avait horriblement mal, mélangeant tout, se sentant coupable… Son premier vrai chagrin d’amitié,  par expérience, je sais que, c’est aussi douloureux qu’un chagrin d’amour… Mais c’est sa vie privée et je n’ai aucun droit, ici, de m’étaler dessus.)

Donc, là dans ce taudis de la vie, il fallait régler les choses… D’abord se poser, puis essayer de comprendre, tenter de ranger les sentiments, les situations. Faire le tri, panser les plaies, les soigner, oublier et cicatriser pour certaines, s’en accommoder pour d’autres… Ce n’est pas simple de se remettre en question, de prendre la décision de se sauver, et je ne pouvais pas faire ce choix à sa place, c’était à lui de faire face à ses responsabilités, à lui d’avoir le déclic pour son avenir…  « APPRENDRE à se relever » est un véritable défi et un travail quotidien…

Partie 4:

Les semaines se sont écoulées, mon grand va mieux, moi aussi.

Il a fêté ses 14 ans, le 23 octobre dernier entouré d’amis, nouveaux pour certains… qui étaient là juste à côté de lui, dans sa classe… Lui qui est un peu sauvage, (les chiens ne font pas des chats, comme on dit…) a commencé à s’intégrer. Je l’ai vu rire aux éclats, et j’en aurai pleuré de joie…

Nous avons multiplié les activités ensemble, des sorties au cinéma, très important culturellement parlant;  chacun fait des effort et de belles découvertes dans les deux sens, des films qui ne nous auraient pas interessés en temps normal comme par « Gangsterdam » pour ma part ou « La La Land » pour lui (mais chut, c’est un secret…). Après il doit avouer qu’il a énormément de chance car il a une maman addicte des univers Marvels et Comics!

Un constat étrange également… Mon fils n’est pas fasciné par les héros, il les apprécie, mais bien souvent ceux sont les personnages, timides, en retrait, ou torturés et complexe qui l’attirent… Des personnages qui lui ressemblent un peu, à qui il s’identifie sans doute inconsciemment…Car, tous, ont en eux une certaine pudeur et un excès de colère mélangés à de la tristesse ou de l’angoisse, dûes à un événement frustrant, déstabilisant ou triste dans leur passé, mais au final,  ils ont un bon fond et font preuve de discernement à la fin des films…).

Il y a aussi nos marathons séries (je vous conseille d’ailleurs « Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire »,  Arrow, et dernièrement, Iron Fist sur Netflix, et d’aillers Netflix tout court car son panel de séries est formidable pour la famille…)

J’essaye de m’intéresser à ses mangas, et j’avoue que certains sont sympas (j’ai craqué pour « Assassination Classroom », ce manga est juste excellent, je guette même chaque sortie, sur le site de Cultura…). Il lit aussi ce que je lui montre, me donne même son avis. Et fut conquis par « Territoires » d‘Olivier Norek…Le seul livre qu’il ait lu en entier, sans y être forcé…

Il me parle de sa vie de collégien, de ce qu’il fait en cours, de ses projets scolaires, de son avenir et parfois même de ses coups de cœurs…

De vive voix, il m’a dit « Je reprends ma vie en main, MERCI »… Cela fait sourire, mais il n’est jamais trop tard ou trop tôt finalement pour choisir d’être bien dans sa peau. Le mal être, le manque de confiance en soi, touchent toutes les tranches d’âges…

Partie 5 : l’ado grandit…

Aujourd’hui je dois me rendre à l’évidence mon fils est entré dans la belle, merveilleuse et compliquée étape qu’est: « l’adolescence ».

Chez nous, de nouvelles crises s’invitent encore aujourd’hui, très espacées, moins intenses mais toujours épuisantes! C’est maladroit, mais c’est sa façon à lui d’exister, de demander de l’aide quand il est à cran, d’évacuer sa colère et soulager ses chagrins… Ce ne sont pas forcément mes mots qui l’apaisent, mais lui qui réfléchit autrement…

Mon « merveilleux prodige d’amour, ( petit surnom que seul lui et moi comprenons..)… Je lui souhaite de réussir sa vie… Il a fait des expériences, il en fera d’autres encore… Le tout est, de ne jamais dépendre des mauvaises choses… Je lui rabâche sans cesse que les études sont importantes, c’est son avenir qu’il construit et que je crois en lui!

J’ai laissé certaines choses se faire, pour être tranquille, mais surtout, car j’étais dépassée… J’ai commis quelques maladresses dans mes approches. Des erreurs? J’en ferai encore… J’ai trois garçons… L’adolescence commence seulement pour le premier et j’ignore ce que me réserve l’avenir avec mes 2 nuisibles… A quoi bon essayer de se projeter, un enfant n’est pas la réplique au millième près d’un autre …

Qui peut prétendre, avoir une solution exacte ? C’est quoi une éducation parfaite? Il faut juste accepter de se remettre également en question… Faire l’autruche, pensant que l’adolescence passera, n’est qu’un leurre… Cependant je peux comprendre que parfois, à bout, on baisse les bras… Il serait d’ailleurs ingrat et inapproprié de ma part d’émettre un quelconque jugement…

 

Quand on devient parent, aucune notice n’est délivrée avec le nouveau né, on fait des erreurs, on évolue… L’enfance à ces moments d’innocence, ces instant précieux dans les jeux, le partage, le quotidien, la tendresse,  sans amertume, ni rancœurs pour empoisonner la relation parents/enfants. Même si de temps à autre, il nous arrive de hausser le ton, de gronder l’enfant, les câlins et le pardon se font naturellement ensuite… Puis l’enfant grandit, son enfance s’éteint avec lui pour faire place à l’adolescence… Un conflit de générations s’installe, et nous échappe également, on vieillit et nous voilà à la place, occupée par  nos parents auparavant… Tout se bouscule dans la tête de l’ex-enfant, la magie des hormones, le besoin de s’affirmer et les limites qui elles aussi sont nouvelles et différentes…

Il est très facile de concevoir un bébé… C’est après quand il parait que tout change…On prend conscience qu’il est possible d’aimer quelqu’un plus que soi, bien au delà du grand amour… On le guide… Mais nous réalisons aussi, que nous ne pouvons pas être toujours derrière eux pour les protéger. Etre bienveillant, ne veut pas dire tout contrôler, il est impossible d’avoir une main mise sur tout, à moins de les enfermer et les couper du monde extérieur… Certes, les erreurs ont parfois des conséquences désastreuses…  Mais elles nous font grandir aussi… On ne peut éviter, ni les remords, ni les regrets à nos bébés…

Alors, même si de temps à autres ils nous déçoivent … La seule chose qui reste à faire, c’est juste les soutenir.

Le passé est écrit, ça ne sert à rien de s’appesantir, on ne peut pas le changer c’est ainsi… Le futur dépend de nous pour, le meilleur ou  le pire.

 

Petite aparté pour clôturer, la présence de mon conjoint, son papa est  très peu évoquée… C’est un choix, que j’ai fait délibérément en écrivant ce texte, Car cette histoire n’appartient qu’à mon fils et moi. Malgré nos différents, il y a cette chose inexplicable qui nous unis… Quand au titre du texte, il est au présent, simplement car il se cherche encore…

Peut être aurai-je à nouveau l’occasion dans 10 ans d’évoquer l’adolescence des nuisibles… Ou pourquoi pas, lui, qui raconterait celle de ses frères…

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3 Commentaires

  • sideau@yahoo.fr'
    Répondre Sido de errances immobiles 27 mai 2017 à 12 h 46 min

    Waouuuu…. quel beau texte, quelle sensibilité et quelle honnêteté. Merci pour ce partage 🙂

  • Répondre Hier encore c'était l'été - Julie de Lestrange - Lila sur sa Terrasse 31 mai 2017 à 21 h 21 min

    […] de Lestrange nous raconte ici la vie des petits enfants, devenus ados ou jeunes adultes. Leurs vies sentimentales, professionnelles, amicales… Leurs vies et leurs […]

  • Répondre Des éclaircies en fin de journée - Agathe Colombier Hochberg - Lila sur sa Terrasse 6 juin 2017 à 19 h 42 min

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