La Malle aux Livres

« Les 10 droits imprescriptibles du lecteur »… Et du non lecteur qui ignore peut-être qu’un jour il sera lecteur….

10 octobre 2015

Parmi les questions que l’on me pose souvent est celle de mon rapport à la lecture. Ai-je toujours beaucoup lu? Non. Je lis depuis longtemps? Oui. Je lis de tout? Oui. Des manies de lectrice? Oui…

Moi… J’ai toujours vu la lecture comme un cadeau… Un fabuleux cadeau…

J’ai toujours aimé lire… Je savais lire à 5 ans… Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu des livres chez moi… Mes parents n’ont jamais refusé l’achat d’un livre, m’ont toujours encouragée à lire… Je fréquentais bien évidement la bibliothèque municipale. J’étais une bonne élève mais rien de bien faramineux, sauf en lecture… Là, j’étais dans mon monde… Je dévorais, je parlais, je remplissais des fiches de lecture avec en tête le choix de mon prochain livre… Parfois, mes enseignants me demandaient de me taire, gentiment…  Quand j’étais en cm2, alors que la fête de l’école battait son plein, moi, je me suis éclipsée discrètement et je suis allée dans la bibliothèque, pour lire dans un immense silence…

En 6ème, j’ai demandé au documentaliste si Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée était disponible (j’en avais entendu parler à la télé…), il m’a dit que j’étais trop jeune pour un tel bouquin et il m’a conseillé La Comtesse de Ségur… La tête qu’il a fait quand je lui ai dit que je les avais déjà lus, mes parents me les ayant tous achetés bien des années auparavant… Cette même année, lors de mes vacances à la campagne chez mes grands parents, j’ai commencé à dévorer les livres de Pearl Buck, que ma marraine m’avait conseillés. Ils y sont quasiment tous passés… J’en ai encore certains dans ma bibliothèque… En troisième, mon prof de français, est arrivé un jour en cours et m’a tendu L’idéologie française de BHL, en me disant « Tu lis beaucoup d’ouvrages littéraires, essaie la philosophie ». Je vous laisse imaginer ma tête, devant mes copains hilares, qui me regardaient bizarrement quand même…  Si je l’ai lu? Oui. Les 5 premières pages. Au moins 20 fois… Mais rien… Aucun plaisir… Je l’ai rendu à mon prof, en lui disant que je n’éprouvais aucun plaisir à le lire. Féru de lecture lui aussi, il a compris.
Je l’ai retrouvé en 1ère, il m’a fait découvrir le théâtre classique, dont je raffolais…
Il m’encourageait en me conseillant d’autres lectures… J’étais boulimique…

Et puis…  L’arrivée à la fac…

Ce moment que je voyais comme l’entrée du paradis a été le début de l’Enfer pour la lectrice que je suis… Pourquoi? Les profs incapables de transmettre leur savoir sans transmettre une terrible nausée… Imbuvables… Ils déchiquetaient les textes comme un vautour déchiquette un bout de viande… Ils citaient Baudelaire mais ne comprenaient pas le dixième de l’essence de ce génie, j’en suis persuadée… Vous faisiez un exposé devant tout votre groupe, ils vous humiliaient, bon nombre de mes camarades sont descendus de l’estrade en pleurant. J’ai haï au plus haut point ces profs. La pire fut celle de littérature générale. En me donnant un sujet d’exposé pour la semaine suivante sur Les souffrances du jeune Werther de Goethe, elle m’a dit, avec un sourire carnassier  » Je sens que nous allons bien rire la semaine prochaine… Je me suis levée. J’étais dans une rage folle, moi, l’étudiante calme et discrète. Je suis sortie en claquant la porte. Et je ne suis jamais revenue à ce cours de boucherie littéraire. Nous avons su après qu’elle a dit « Bon débarras! Si d’autres sont tentés, ne vous gênez pas, j’aurais moins de copies à corriger. » Elle étais abjecte. Ses cours affreux. Encore à l’heure actuelle, j’ai une rancœur contre cette harpie qui a dû dégoûter bon nombre de jeunes de la littérature…

Des années de lecture sans passion ont suivi… J’avais perdu cette flamme…
Licence de Sciences de l’Éducation en 3 ans. Sans grande conviction…

Et puis, après une année d’IUFM affreuse, je me suis réinscrite, pour le plaisir, en première année de Lettres Modernes, en prenant bien soin de ne pas tomber dans les cours de la Harpie… Une année sabbatique (j’étais pionne, je pouvais me le permettre…), pour voir si la magie reprendrait.  Et cette année fut, effectivement, une révélation… J’avais deux profs extraordinaires qui savaient transmettre ce p’tit truc qui vous donne envie de ne pas dormir, pour lire pendant des heures… Je me laissais de nouveau aspirer par les livres, les dévorant, croquant dedans à pleines dents… Souriant à chaque nouveau livre conseillé…  Franchement? Je m’éclatais. Du bonheur à l’état pur… J’étais là pour le plaisir et je flirtais avec les 17/20 aux partiels… J’étais au bord des larmes, de joie, en voyant ces notes et surtout ces appréciations! Je ne remercierai jamais assez ces deux profs qui m’ont redonné l’envie de lire…

L’année suivante, je passais ma Maîtrise de Sciences de l’Éducation « Comment donner le plaisir de lire à des personnes diminuées physiquement? » Une grosse claque… (C’était il y a 17 ans. Les liseuses n’existaient pas.) Quand vous arrivez à votre stage et que les ados devant vous ne peuvent saisir un livre à cause de leur handicap. Il faut revoir vos mots… Vous vous surprenez à lire, vous, ce livre, à le faire vivre,  et à les regarder sourire, rire, réfléchir… Avec Romain et Delphine, (nous faisions ce Mémoire à 6 mains…) nous sortions de ce centre souvent silencieux. Émus et bouleversés. Et le soir, tenir un livre entre vos mains vous paraissait être un cadeau magnifique… Nos tuteurs de mémoire étaient eux aussi, fabuleux… Ils nous ont montré l’importance de lire… Leurs cours sur l’illettrisme m’ont fait comprendre des tas de choses.  Ils ont mis en lumière des choses auxquelles je n’avais jamais réfléchies… Je lisais mais je ne m’étais jamais posé la question « Pourquoi d’autres ne lisent pas. » Plaisir souvent égoïste que celui du lecteur. J’ai appris à partager ce plaisir de lire, mes lectures, bien des années après.

Et aujourd’hui, ces dix droits du lecteur de Daniel Pennac, me semblent plus que jamais d’actualité…

1. Le droit de ne pas lire

Parce que c’est un droit aussi, que celui de ne pas lire. C’est un choix. ou une conséquence, des conséquences, de notre vécu, de notre scolarité… Il m’arrive de ne pas toucher un livre pendant plusieurs jours. C’est rare mais cela arrive. Parce que je suis fatiguée. Parce que je n’ai pas le temps. Ou tout simplement pas envie.

2. Le droit de sauter des pages

Parce qu’il faut bien l’avouer, certains livres ont des passages difficiles que l’on ne supporte pas. Grandes descriptions. Abondance de passages ennuyeux. Je cite souvent Shining de Stephen King. le passage  dans le labyrinthe, est insoutenable. Il me terrorisait. J’ai sauté toutes ces pages. Ou plus récemment, W3, Le sourire des Pendus, de Nathalie Hug et Jérôme Camut, les passages décrivant la captivité de Lara me tétanisent.

3. Le droit de ne pas finir un livre

Parce qu’il ne vous parle pas. Parce qu’il est chiant (faut appeler un chat, un chat!) Je n’ai pas fini des dizaines, voire plus, de bouquins. Ne pas se forcer. Jamais. La lecture doit rester un plaisir. Sans cela, elle perd tout son sens. Le dernier en date? 50 nuances de Grey… 120 pages puis Stop! Je voulais me rendre compte par moi même. Me suis rendue compte… Certains me disent « Je finis toujours un livre que j’ai commencé, même s’il ne me plaît pas, par principe! » Moi pas.  J’ai près de 250 de livres qui m’attendent au pied de mon lit et sur mon bureau. Sans compter ceux que l’on me prête. Je ne vais pas me forcer à lire qui ne me plait pas alors que tant me regardent, m’appellent…

4. Le droit de relire

Relire un livre qu’on aime. Une ou plusieurs fois. Se délecter de ses pages… Retrouver cette magie de la première lecture. Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Un pur chef d’œuvre dont je me suis souvent régalée. J’ai du mal à relire un live actuellement. (cf fin du paragraphe précédent)

5. Le droit de lire n’importe quoi

Ne surtout pas écouter ceux qui critiquent vos lectures! Lisez ce que bon vous semble. Ne faites pas attention aux remarques élitistes de ceux qui se présentent comme des érudits. Chaque lecture a de la valeur. Mon fils ne lisait que des BD, sa bibliothèque en regorge. Des BD pour les jeunes, qui, je dois l’avouer me font rire aux éclats aussi. Au plaisir de l’entendre rire dans son lit le soir, s’ajoute aujourd’hui le plaisir de le voir lire Tolkien. Il a 13 ans. Et là, moi, je remercie Peter Jackson et sa trilogie du Seigneur des Anneaux puis  Bilbo le Hobbit qui ont donné l’envie et le plaisir à mon fils de lire les livres, pourtant loin d’être faciles! Et ma Nona qui, à 93 ans continue de lire des romans d’amour ou des Harlequins. Ne riez pas. Elle lit.

Je lis de tout. Je n’ai aucun complexe face à certaines lectures: j’adore la Chick Lit’, celle qui me fait pouffer de rire, greluche que je suis, du fond de mon lit… Je vénère Zola. Je dévore les auteurs scandinaves. Je me régale avec des auteurs québécois. Je découvre régulièrement… Je ne m’arrête jamais.

6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

Le droit de rêver, de fuir, d’imaginer, de s’identifier…en lisant. Le droit d’être émue, de rire, de pleurer, de pester, de sourire, d’être mélancolique… La lecture permet de découvrir des sensations, méconnues ou inconnues…. Le droit à l’évasion… Il m’arrive de lire et relire certains passages. De m’arrêter le temps de les assimiler. De réfléchir. De repartir dans la lecture. De me lever pour aller me faire un café car je ne veux pas en lire plus. Ou je ne peux pas en lire plus.

Il me faut parfois du temps pour sortir d’un livre. Beaucoup de temps. Selon les émotions ressenties.

7. Le droit de lire n’importe où…

Partout! Dans son bain, dans son lit, sur un banc, dans un bus, dans un lit, sur une plage, par terre, sur une chaise, dans un café, dans un train, sur une pelouse, au soleil, derrière une fenêtre, dans une librairie, devant votre télé, sur une terrasse… Absolument partout!

8. Le droit de grappiller…

Reprendre un livre et chercher le passage que vous avez adoré. Ou un passage que vous voulez faire découvrir. Ou alors un livre que vous laissez traîner et dans lequel vous allez picorer des passages hilarants. Ou encore un simple dictionnaire que vous ouvrez par hasard et qui vous permet de découvrir un nouveau mot, des nouveaux mots. Un élève de ma classe, voilà 2 ans le faisait dès qu’il pouvait. Sa lecture en autonomie était un dictionnaire…

9. Le droit de lire à haute voix

Ah ce plaisir incroyable d’entendre résonner sa voix,  lire un poème magnifique, seule dans votre chambre. Ou tout simplement lire une histoire à votre enfant. Ou alors reprendre ce même livre et lire des passages à haute voix avec vos copines et sourire ensemble… Des petits bonheurs dans la lecture que je souhaite à tous…

10. Le droit de nous taire

Le droit de ne pas parler de nos lectures. Parce qu’on n’a pas envie. Parce qu’on ne veut pas justifier cette lecture. Parce qu’on ne sait pas en parler. Parce qu’on a peur d’en parler. Moi, je ne parle pas de toutes mes lectures, face à une personne qui ne lit pas, par seule crainte  de ne pas lui donner envie de lire, par complexe, par appréhension, par peur de paraître « idiote » même si jamais, ô grand jamais, je n’ai pensé cela de quiconque… Mais vous savez tous combien on a peur d’être bête quand on ne connait pas. À tort.

Voilà les 10 droits du lecteur. ceux qu’on devrait apprendre à l’école. Ceux qui devraient donner envie de lire. Pour soi.

Et je terminerai ce long article par ces phrases de Daniel Pennac, magnifiques de justesse:

« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres: le verbe aimer…  le verbe rêver

On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y Aime moi! Rêve! Lis! Mais lis donc bon sang, je t’ordonne de lire! Monte dans ta chambre et lis!

Résultat? Néant! »

Voilà… Lire doit être un plaisir…

Je sais que les lecteurs qui liront cet article comprendront…

J’espère que ceux qui ne lisent pas comprendront que les lectures qui ne vous ont pas donné cette envie de lire n’étaient pas LA vraie lecture.

Celle qui nous donne du plaisir.

Celle qui nous fait grandir et avancer.

Celle qui nous fait rêver ou réfléchir.

Celle qui fait que moi, je lis.

[ssba]

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4 Commentaires

  • mpbardou@live.fr'
    Répondre Mpi 10 octobre 2015 à 16 h 44 min

    J’adore cet article, en grande amoureuse de la lecture que je suis, j’adhère entièrement ! Du plaisir avant toute chose, ne jamais se forcer, et à chaque page que l’on tourne se laisser embarquer… Bravo ! 🙂

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 10 octobre 2015 à 22 h 27 min

      Merci infiniment….
      A bientôt j’espère…

  • Répondre Il y a des jours comme ça... - Lila sur sa Terrasse 7 janvier 2016 à 18 h 48 min

    […] oui… Parfois vous vous imaginez bibliothécaire ou libraire. Entourée par des centaines de livres. Sans travail à faire le soir en rentrant. (Parce que cela, […]

  • Répondre Mes lectures. Mes chroniques. Et moi. - Lila sur sa Terrasse 11 avril 2016 à 13 h 53 min

    […] « Quel vocabulaire pour se la péter? ». Ce n’est pas moi, ça. Mes années de fac m’ont appris à quel point l’élitisme littéraire pouvait dégoûter…Sans crainte, ou sans culpabilité « Oh mon Dieu, j’aime ce livre mais il […]

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