Le Boudoir des Nanas

Les victimes du divorce.

11 janvier 2017

 

Je précise tout de suite que je suis divorcée et donc absolument pas « anti-divorce »…

Je précise également que je ne parle pas ici des cas de divorces pour maltraitance sur conjoint ou enfants.

Pendant les vacances de Noël – Noël, ce moment si magique où l’on se retrouve, en famille, ensemble…, j’ai pour la première fois prêté attention à bon nombre de petites phrases de pères qui m’ont paru un peu perdu, un peu spolié dans leur parentalité, leur droit de regard, un peu désoeuvré et qui m’ont pas mal émue.

En tant qu’ancienne directrice d’école (et peut-être simplement en tant qu’humaine), je suis très sensibilisée au ressenti des enfants.

J’ai tellement vu des mômes placés au centre des conflits parentaux…

Parce que quand l’autre part, que financièrement tout a été réglé, que reste-t-il comme arme pour faire souffrir le responsable de sa détresse?

Les enfants.

Terrible logique.

L’enfant est très aisément – et bien malheureusement – manipulable : facile de faire passer l’autre pour le bourreau qui vous a abandonné, facile de reporter la responsabilité de nos souffrances sur autrui  – pas de remise en question ainsi, facile de détruire l’image d’un adulte.

Mais bon sang, comment peut-on oublier que l’on a aimé cet autre un jour, que l’on a décidé de faire un enfant avec lui, comment la souffrance peut mener à cette haine aveugle?

Les enfants sont déjà victimes de nos incapacités en cas de divorce, ils souffrent déjà de ne plus avoir leur père et leur mère sous le même toit…

Comment peut-on en plus les mêler à nos histoires d’adultes, histoires qui ne les concernent pas?

Quelles que soient la tromperie, la monstruosité du comportement de l’autre – qui quoi qu’on en dise n’est jamais l’unique responsable de l’échec d’un couple, la douleur, la colère…, l’autre reste le père, la mère de l’enfant qui n’a surtout pas à le juger en tant que compagnon ou compagne.

Comment ne pas se rendre compte des conséquences de cette prise d’otage?

Comment peut-on empêcher un enfant  d’aimer librement son père, sa mère, leurs futurs conjoints – l’amour s’additionne hein, ne l’oublions jamais. On n’a jamais vu un enfant dépérir d’avoir reçu trop d’amour, si?

Mais un enfant ne peut aimer que si on l’y autorise, si on le lui permet.

Comment peut-il se construire solidement quand l’image d’une des deux personnes qui l’a désiré est saccagée si régulièrement?

Comment peut-on nier les droits éducationnels de l’autre, simplement parce qu’il est parti – et même pour un/une autre?

Je dis « l’autre » depuis tout à l’heure… Mais j’ai malheureusement constaté que cette destruction était plus souvent le fait des femmes, blessées, souffrant d’avoir vu l’autre partir – souvent pour une autre, utilisant l’enfant dont elles ont le plus fréquemment la garde pour faire souffrir à leur tour le responsable de leur douleur.

Il faut dire qu’en France, le droit des pères est encore trop souvent mis à mal par les tribunaux – reste d’une société patriarcale pour qui le lien primordial reste celui de la mère et son enfant (je vais déjà brûler en enfer, là, je ne rajoute pas une couche de féminisme, hein?).

Alors, oui, ce père qui disait : « Je viens de ramener ma fille après une semaine, je suis un peu perdu de la voir prendre un chemin qui ne me convient pas, mais contre lequel je ne peux rien faire puisque je ne la vois qu’un week-end sur deux, quand j’ai la chance de ne pas travailler… »

Cet autre qui me disait, en parlant de sa fille de 15 ans perchée sur des talons de 12 cm, au haut noir tout en transparence et aux ongles impeccablement manucurés et très long : « J’aime pas son look, j’aime pas l’image que cela renvoie d’elle… Mais qu’est-ce que je peux faire? Sa mère a déménagé à 400 kms et je ne la vois plus qu’aux vacances. »

Et lui, qui est parti de Lyon en train, chercher son fils à la gare de Massy, et qui reçoit ce texto durant le voyage : « Si tu veux voir ton fils, tu viens le chercher à la maison ». Sauf qu’il faut louer une voiture pour cela.

Cet autre encore qui reçoit le bulletin de son môme, envoyé par le collège et qui ne peut même pas en discuter avec son ex – celle-ci ayant décidé qu’il n’avait plus droit de regard sur ce genre de choses… Dans ce cas-là, les médiatrices de la République avaient constaté ce qui se mettait en place, avait dit au père que non seulement, elle voyait toute sa bonne volonté, mais qu’elles avaient conscience de l’influence néfaste de la famille de la mère sur cette-dernière… Sauf qu’en France, on demande aux médiatrices d’intervenir, mais que si le juge ne le leur demande pas explicitement, elle ne peuvent rien dire de ce qu’elles ont vu.

Alors? Alors, j’entends beaucoup dire qu’une fois adulte, l’enfant reviendra, réalisera, fera ses choix…

Sauf que c’est difficile de remettre en cause un modèle et que même si l’on y parvient, les blessures mettront de temps à se refermer et laisseront de vilaines cicatrices…

J’entends certains hurler : « Ouais, mais elle oublie là tout ceux qui…« .

Oh non, je n’oublie pas tout ceux qui abandonnent les enfants issus d’une première union une fois leur vie refaite, ceux qui plantent tout pour une autre sans se soucier de leur mômes, ceux qui se foutent de tout et n’ont aucun rôle éducationnel – alors que eux pourraient en avoir un.

Non, je n’oublie pas toutes ces femmes qui se retrouvent à élever leurs mômes toute seule… Et pour qui c’est terriblement difficile… Difficile de ne pas hurler le soir, après ta journée de boulot,  difficile d’avoir quelques minutes à soi, de s’imaginer une autre vie, difficile d’aller chez le coiffeur quand tu as tout calculé au centime près et que tu fais passer tes enfants avant, toujours…

Je n’oublie pas.

J’aimerais juste que tous, les hommes comme les femmes, réfléchissent aux conséquences de leurs actes.

Et n’oublient pas qu’un jour, ils ont désiré ensemble un enfant qui n’a rien demandé. A personne. Qui est là.  Et qui n’a pas à être victime de nos conneries d’adultes égoïstes.

Pour qu’un jour, lui-même puisse devenir un parent aussi solide que possible.

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11 Commentaires

  • Blanvillain@hotmail.com'
    Répondre Ludo 09 12 janvier 2017 à 21 h 15 min

    Je suis tombé sur votre article par hasard, sur fb, et je me suis senti enfin compris, enfin écouté, enfin reconnu…
    Comme vous le dites si bien, les mamans aussi ont des vies pas faciles, énormément de choses à gérer, ce qui fait passer parfois les papas que nous sommes pour des pères absents, J’en-foutiste… Seulement voilà, quand la maman veut faire payer au papa, elle utilise les enfants, elle les manipule, ment, questionne, fait dire… C’est une forme de maltraitance.
    Vous avez écrit sans accabler personne, juste fait le constat de situations réelles, dramatiques, insupportables pour nos enfants…
    MERCI tout simplement

    • ventura.virginie@gmail.com'
      Répondre Virginie 14 janvier 2017 à 12 h 45 min

      Merci à vous, Ludo… J’ai essayé… Et je n’ai pas écrit le pire… Une maman que je connais a été jusqu’à faire mettre en prison le père de sa fille – manipulant celle-ci, âgée de 4 ans à l’époque – pour attouchements. La brigade des mineurs, les psychologues, …, ont réussi à déjouer tout ceci… Mais cela a duré des mois avec les conséquences sur chacun que l’on imagine.
      Merci infiniment pour votre retour et belle journée à vous.
      Virginie

  • Blanvillain@hotmail.com'
    Répondre Ludo 09 14 janvier 2017 à 13 h 31 min

    Oui j’ai lu un article très intéressant sur ce syndrome d’aliénation parentale, très instructif et qui correspond vraiment en de nombreux points à la situation que vivent mes deux loulous…
    Il est difficile de raisonner la maman, de lui ouvrir les yeux, tout en protégeant nos enfants sans que cela tourne au règlement de compte, à l’accusation.
    J’espère qu’avec le temps, les choses s’apaiseront, mais après quasi deux ans, la mesquinerie, la manipulation, les mensonges pour me priver de toute communication durant les deux semaines où je ne les ai pas pèse tant sur mon moral que sur ma relation avec mes enfants
    Merci encore
    Belle journée et bon week-end

  • jeudismuets@gmail.com'
    Répondre Sylvie Hippolyte 18 janvier 2017 à 9 h 22 min

    Oui, en cas de séparation parentale, les pères me semblent bien mal considérés dans notre société du XXIe siècle. On dirait qu’ils sont des sous-parents, des parents de deuxième catégorie. Avec ces miettes de droit de visite que la justice leur accorde (plus de 70% des enfants sont confiés à leur mère et 17% sont en résidence alternée), ils ne peuvent plus assurer leur fonction éducative auprès de leurs enfants, alors que celle-ci est différente de celle de la mère et tout aussi importante.
    Vous avez vu « des mômes placés au centre des conflits parentaux », nous avons fait partie, mes deux sœurs et moi, de ceux-là. Après leur séparation, notre mère à qui la justice nous a confiées, a voué une haine terrible à son ex-mari et sa volonté de se venger lui a donné une nouvelle raison de vivre après avoir été abandonnée par lui. Comme il était parti, elle n’avait pas d’autre moyen de l’atteindre que d’utiliser ses filles, au mépris des lois et du respect des droits de l’enfant. Sa vengeance a été terrible pour lui et pour nous. Tout y a passé : calomnies, une tentative de meurtre, suppression de ses droits de visite, maltraitance de ses filles pour qu’il en souffre, obligation pour nous de lui écrire des lettres d’insultes, de lui faire et dire des « vacheries » lorsque nous étions petites et malléables, etc. Excellente manipulatrice, elle a berné tout le monde. Aucun adulte ne nous a protégées, la justice n’a pas écouté notre père qui disait que nous étions maltraitées, preuves à l’appui, notre mère présentait trop « bien ». Il ne s’est jamais remis du divorce malgré une seconde union réussie, sa souffrance a été énorme, il est mort jeune. Ils sont combien de pères aimants à mettre leur vie en danger pour qu’on les entende, à faire des grèves de la faim, à se suicider…
    C’est un crime de priver un parent de son enfant.
    De quel droit prive-t-on un enfant de son parent ? Au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant ? Bravo !
    J’avais 16 ans lorsque j’ai quitté mon bourreau, grâce à l’appui du directeur de mon collège et de son épouse enseignante.
    Sylvie Hippolyte, auteur du livre Les jeudis muets Moi, Fina, enfant du divorce.

    • ventura.virginie@gmail.com'
      Répondre Virginie 18 janvier 2017 à 10 h 22 min

      Je… J’ai du mal à trouvé mes mots. Vous n’avez donc pu vous retrouver avec votre père? Mais vous semblez avoir réussi à vous construire – ce qui a du être long et coûteux. Et votre soeur? J’ai des exemples de ce que vous racontez tout autour de moi – à des degrés divers, heureusement… Oui, il faut que les choses avancent dans notre pays… Vous m’avez donné envie de lire votre livre. Des bises Sylvie…

  • jeudismuets@gmail.com'
    Répondre Sylvie Hippolyte 18 janvier 2017 à 11 h 03 min

    Merci, Virginie, pour votre intérêt aux victimes du divorce.
    Notre père n’a jamais cherché à nous récupérer. Il n’a jamais dit du mal de notre mère en notre présence. Lorsque nous étions petites et que nous lui faisions des « vacheries » soufflées par notre mère et d’autres de nous-mêmes pour qu’elle nous aime un peu (l’amour était complètement absent de son fonctionnement, elle ne communiquait avec nous que par la violence), il ne nous grondait pas, il avait tout compris sur la manipulation dont nous étions victimes. Mais il souffrait terriblement. Il a cessé de nous voir entre mes 10 et 15 ans. Il avait déménagé, nous ne savions où, jusqu’à ce que je trouve sa nouvelle adresse à une époque où moi aussi, j’avais tout compris sur la manipulation de notre mère. Les retrouvailles ont été merveilleuses ! Là encore, il n’a pas cherché à nous récupérer, il nous a laissé maîtres de nos décisions. Ma seconde sœur et moi avons quitté notre mère pour le rejoindre, avec l’aide des enseignants. Notre départ a été considéré comme une fugue, personne ne voulait croire que nous étions maltraitées.
    Je pense que l’enfant a en lui une force intérieure qui lui fait supporter l’insupportable. Nous avons eu cette chance, mes sœurs et moi, ce qui nous a permis de vivre normalement et de fonder une famille. Et puis, l’on rencontre des personnes qui nous aident à prendre le chemin de la réadaptation, il faut se laisser guider, d’autres qui nous acceptent tels que nous sommes et font de nous des adultes à près équilibrés et heureux, malgré des séquelles. Après cette sombre période, je n’ai eu que du bonheur.

    • ventura.virginie@gmail.com'
      Répondre Virginie 18 janvier 2017 à 13 h 34 min

      Et puis je crois que cela nous enrichit même… Lorsque l’on parvient à s’affranchir, lorsque l’on surmonte, on en sort infiniment plus humain et c’est précieux. On sait ce qui est important. Je parlerai un jour peut-être de mon vécu qui me permet de parfaitement comprendre tout ce que vous dites… Je suis heureuse pour vous que vous ayez pu construire avec votre père. Merci de vos mots, de votre confiance aussi. Je vous souhaite, à vous, ainsi qu’à vos soeurs, tout le bonheur possible…

      • jeudismuets@gmail.com'
        Répondre Sylvie Hippolyte 18 janvier 2017 à 14 h 03 min

        Je suis persuadée qu’il est important que les enfants qui ont été maltraités ou/et privés sans raison d’un de leurs parents, témoignent à l’âge adulte de ce qu’ils ont vécu. Ce sont eux qui feront évoluer les mentalités, modifier les comportements et rendront notre justice plus humaine et respectueuse des droits de chacun.
        Virginie, je vous souhaite, moi aussi, beaucoup de bonheur.

  • bloodymoon1@hotmail.fr'
    Répondre b 22 janvier 2017 à 2 h 18 min

    Bonsoir,
    Je me permets d’intervenir ici car le fameux « syndrome d’aliénation parentale » n’a aucune validité scientifique! Il s’agit d’une théorie très fumeuse élaborée par un pro pédophile (Richard Gardner) pour discréditer les propos d’enfants victimes d’agressions sexuelles : https://dominiqueferrieres.wordpress.com/2015/04/15/la-verite-sur-richard-gardner-le-syndrome-dalienation-parentale-sap-et-les-fausses-allegations/
    cet article est assez éclairant, mais il en existe bien d’autres! Ne relayez pas les saletés de ce type qui n’a certainement pas à l’idée les droits de l’enfant! Le pire c’est qu’à force de parler de cette théorie, des JAF, ou des employés des services sociaux finissent par penser qu’elle recouvre une réalité et passent à côté de situations très graves!

    • ventura.virginie@gmail.com'
      Répondre Virginie 22 janvier 2017 à 18 h 34 min

      Bonsoir,
      Je vais corriger mes réponses en ce sens. Mais je me permets tout de même de répondre que le JAF et les services sociaux passent à côté de situations très graves, partant du principe que la mère est de bonne fois. Je’en ai malheureusement été témoin plusieurs fois en tant que directrice.
      Et je ne nie pas non plus, l’horreur de l’inceste et de la pédophilie.

  • Répondre Revue de presse du 11 janvier 2017 – p@ternet 21 février 2017 à 20 h 47 min

    […] « Les victimes du divorce », Lila sur sa terrasse, 11 janvier 2017. […]

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