Le Boudoir des Nanas

Les zombies, le kebab, mon ado et moi.

12 mars 2018

Parfois, lors de discussions avec de jeunes mamans, cette question revient: « C’est quel âge que tu as préféré chez tes gamins? » Je ne sais jamais quoi répondre.

Quand ils étaient crevettes, minuscules bouts de nous que nous regardions avec un amour nouveau et déjà infini? Quand ils commençaient à marcher, devenant dangereux pour le chat et déterraient les plantes vertes avec un sourire comblé? Quand ils inondaient la salle de bain pour vider une baignoire estimée trop pleine? Quand ils envahissaient la maison avec leurs copains et me laissaient un chantier digne des ruines de Pompéi juste après l’éruption du Vésuve? Ou quand ils nous offraient leurs cadeaux fabriqués par leurs petites mains (sous les consignes des maîtresses qui devaient nous détester pour leurs faire fabriquer des horreurs pareilles)?

En fait j’ai aimé chaque seconde de leurs enfances. Et je continue de me régaler.

Et là, je découvre depuis quelques temps les affres de l’adolescence. Alors oui, ok, j’ai lu des bouquins sur cette période, Dolto, Ruffo et d’autres. Ouais mais tout cela c’est de la théorie. Parce que la pratique n’équivaut en rien à ce que j’ai lu. En mieux, hein? Parce que oui, j’ai la chance d’avoir un ado chiant mais gentil. Pénible mais attentif. Nonchalant mais sportif. Bref, tant de contradictions qui savent cohabiter dans un même corps, me laissent dubitative. Parfois perplexe.

Récemment, il s’est remis à visionner « The Walking Dead », série qu’il a déjà vue. Mais comme ce sont les vacances et que sa soeur se couche malgré tout très tôt, lui squatte la méridienne du canapé avec son tel et ses rires gras quand ses potes lui envoient des vidéos à la con, et moi je squatte le reste du canapé avec un bouquin dans l’espoir de parvenir à avancer dans la lecture. Sauf que partager un canapé avec un ado est sources de situations étranges. Déjà il faut savoir que l’ado a faim toutes les deux heures au maximum. Donc après le dîner qui lui a donné l’occasion d’engloutir l’équivalent de deux de mes repas, il se pose face à la télé, attend que sa sœur ne soit plus là, et met en route la marche des zombies. Puis après quelques minutes, alors que j’essaie de bouquiner, cachée sous mon plaid ou mon long gilet (j’ai vraiment du mal avec ces morts-vivants immondes), il va se faire une tartine de beurre de cacahuètes et de confiture de framboise. Et mange, tranquillement en ne perdant pas une miette de cet en-cas qui me donne au moins autant envie de vomir que les cervelles éclatées de ces monstres. A cela vous rajoutez ses sarcasmes tonitruants, sur ma peur de regarder un écran à travers les mailles de mon gilet, et je vous assure que l’envie de faire un test ADN n’est pas un mirage.  « Regarde, là, ils ouvrent le ventre d’un zombie pour voir ce qu’il a dans l’estomac car une petite fille a disparu du camp. » « Mais c’est dégueu! » « Ben non, c’est comme quand tu vides une truite. »

Puis vient la soirée en tête à tête pendant laquelle il met en route la saison 2. Kebab comme repas qu’il se réjouit de manger devant la télé. Déjà, force est de constater que cet amas de viande ressemble à l’enveloppe « charnelle » de ces êtres en décomposition. Je n’étais déjà pas fan mais là… Donc je sors petit à petit de dessous mon plaid pour suivre d’un oeil méfiant cette série qui malgré tout, a une intrigue sympa. Je pose des questions. Bêtes, paraît-il. Bah ouais. Mais vous comprenez vous pourquoi les zombies ne cherchent qu’à dévorer les humains alors qu’ils sont par définition increvables et que si vous êtes mordus, forcément vous devenez l’un d’entre eux? Et pourquoi ils sont incapables de monter à une échelle? Et si ils ne mangent pas d’humains, est-ce qu’il meurent? « Mais purée M’man! Tu comprends rien! Ils sont déjà morts! Arrête de chercher des réponses à tout, sans arrêt. »

Et là, je souris. Quand il était petit, c’est moi qui lui disais parfois qu’il ne fallait pas chercher des réponses à tout, que certaines choses nous échappaient. Qu’il fallait accepter parfois de ne pas comprendre. Même si je cherchais malgré tout des réponses pertinentes à ses questions enfantines. Attendrie par son esprit critique et sa curiosité.

Bon, là , lui, n’est pas attendri mais excédé, voire irrité. Sale gosse. Il continue à manger son kebab. Pendant que je termine mon livre en essayant de faire abstraction des bruits écœurants, et des coups de feu accompagnés de hurlements. « Une balle dans la tête suffit à les décimer? » Regard noir. Ok, je me tais. Visiblement oui. Il faut que leur cerveau soit touché. « Mais s’ils ont un cerveau, pourquoi ils ne pensent pas à grimper à l’échelle? » « Bon écoute M’man, ils ne peuvent pas monter à l’échelle car ils n’ont pas la force, qu’ il leur manque des membres et qu’ils sont bêtes. » « Oui mais alors pourquoi ils ont besoin de manger? » Son regard me laisse perplexe. Je vais finir en gériatrie avant l’heure. Sauf qu’en le regardant croquer dans son kebab, et en voyant en même temps un mec se faire dévorer, j’ai envie de vomir. Lui reste impassible. Si un jour l’envie de me mettre au régime me prend, j’ai trouvé la solution. The Walking Dead. En boucle. En un mois, problème réglé.

Et les humains dans tout ça? Ben ils essaient de survivre. Comme moi quand l’un d’entre eux est entouré par une horde de trucs sur pied, agressive et bruyante. Ils s’entraident, se sauvent la vie mutuellement, gardent espoir, partagent des repas miniatures, chassent et … « Et les animaux, au fait, ne sont pas touchés par ce virus? » « T’es un boulet M’man. »  Ça c’est dit. Et il termine son kebab tranquillement. Je termine mon bouquin, je le pose sur la table et je file chercher un yaourt au soja. « Ah c’est sûr que les trucs au soja t’en trouverais pas dans les bois en cas d’invasion zombie. » « De toute façon, en cas d’invasion zombie, je meurs d’une attaque cardiaque. » « Ouais ben je devrais te tuer car tu te réveillerais zombie à peine ton dernier souffle poussé. »  » Ah parce que même si tu n’es pas mordu et que tu meurs naturellement, tu deviens zombie? » « MAIS QU’EST CE QUE TU N’AS PAS COMPRIS DANS LE MOT VIRUS? » Il va me bouffer, c’est certain. « Oui d’accord un virus. Mais il arrête de faire effet quand ce virus? Faut peut-être chercher le patient 0, non? » Et là, la phrase ultime « Tu montes te coucher quand?

La gériatrie je vous dis.

(Partager cela avec mon fils n’a pas de prix. Peu importe ce qu’il regarde, j’aime qu’il me fasse découvrir. J’aime bien que ce gamin me bouscule, me permette de me remettre en question. Parce que si l’adolescence est une période pas simple, c’est aussi parce que, nous, adultes, avons du mal à accepter que nos enfants se transforment. Un peu comme des sortes de zombies, échappant au temps et aux règles établies. Mais à l’instar des survivants de cette série, il faut s’adapter à ces êtres nouveaux… C’est une phase transitoire, nous le savons tous, alors apprenons à les accepter tels qu’ils sont. Ce n’est pas toujours facile? Bah ouais. Mais nous? Sommes nous toujours faciles, simples, parfaits, sans défauts? Hé non. Et je vous informe que mon fils sait aussi bien me les envoyer à la tronche mes défauts. Et que passé l’effet de surprises, il faut se rendre à l’évidence. Oui, je suis chiante, aussi, à ma manière…)

Et je me retiens de lui rappeler que lorsqu’il me posait plein de questions sur le Père Noël, la petite souris, les extras-terrestres, etc, je savais garder mon calme et je ne l’envoyais pas se coucher! Que j’essayais de trouver des explications rigolotes ou que je feignais le passage du lapin de Pâques en croquant dans une carotte, que Saint Nicolas laissait des traces de son passage dans la maison, sous forme de bouts de paille mangés par l’âne… Bref. Après le kebab, compotes. Il lui en faut pour avoir l’appétit coupé. Je finis avec peine mon yaourt au fin fond de la cuisine et je reprends ma place près de lui. Et quand l’un des humains, Daryll, découvre son frère en train de boulotter un cadavre tout frais, il m’explique quand même gentiment comment il s’est fait avoir. Ok. Mais lorsque le frère anthropophage en question se lève, ouvre les yeux en grand et se dirige vers LE héros de la saga, je m’exclame « Oh il l’a reconnu! Il va vers lui! » « J’entends un soupir énorme à côté de moi, genre ballon de baudruche qui se dégonfle, et mon fils me dit, regard désespéré « Non Maman, il ne l’a pas reconnu, il veut le bouffer! Mais c’est pas possible, tu comprends rien à rien! » « Oui mais c’est son frère quand même! » « Tu fais exprès ou quoi? »

Je monte dans ma chambre. Préparer ma valise pour la gériatrie. Demain il m’y emmène, c’est certain!

Le lendemain soir, ma valise n’a pas bougé et mon ado me dit, sourire en coin « Tu regardes la suite avec moi? »

Quel magnifique virus que celui de l’adolescence.

Nath.

 

[ssba]

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