La Malle aux Livres

La Part des Flammes – Gaëlle Nohant

29 août 2016

la part des flammes« Downton Abbey à Paris » dixit le Figaro Magazine.

Ok. Sauf que je n’ai jamais regardé un épisode de cette série (et que je viens d’ailleurs d’aller voir sur Wikipédia pour voir quelle était cette référence.)

Donc voilà.

En ouvrant ce livre aux excellentes critiques, j’ai eu un peu peur.

La société française, et plus particulièrement parisienne, du XIXème siècle, moi, je l’ai découverte avec Zola et Balzac. Dans ma lointaine jeunesse.

Leurs livres m’ont plongée dans des lectures effrénées.

Et là… Me revoici dans cette société où les riches, les nobles, parvenus ou pas, profitent de leurs richesses; les hommes parlent investissements, commerce, politique; les femmes s’occupent en organisant des soirées mondaines et en recevant leurs amies à boire le thé dans leurs boudoirs. Les pauvres? Ils survivent. Ils crèvent de faim, de froid, de maladies, mais survivent, en n’oubliant pas de remercier poliment les aumônes dominicales des « belles dames »… Entre les deux, il y a les bourgeois, petits et grands, qui admirent les premiers et méprisent les seconds.

Ces dames nobles se donnent aussi bonne conscience en organisant des ventes de charité. Par compassion, par devoir d’aider son prochain ou par souci de reconnaissance, d’être mises en valeur?

La marquise de Fontenilles s’occupe d’organiser « Le Bazar de la Charité »: ces dames bien nées tiennent des comptoirs et vendent objets, vêtements dont le profit ira à ces pauvres. Sous l’oeil de l’Eglise qui vient les bénir. Elle décide d’attribuer les places dans les comptoirs de façon arbitraire. Selon ses amitiés. celles qui ne sont pas dans ses petits papiers sortent de chez elle, penaudes ou en larmes.

La comtesse Violaine de Raezal est l’une de celles ci. Renvoyée avec un mépris certain. Seconde épouse et veuve d’un homme qui l’aimait profondément, mais détestée par sa noble belle-famille.

Le hasard la mettra sur le chemin de la duchesse d’Alençon, soeur de l’Impératrice d’Autriche (Sissi pour les intimes). De cette rencontre va naître une brève mais sincère amitié, qui lui permettra de tenir un comptoir elle aussi… Mais surtout… Elle va rencontrer Constance d’Estingel, une jeune fille fraîchement sortie du couvent, et qui vient de rompre ses fiançailles avec un noble et valeureux jeune homme, Lazlo de Nérac; par peur, par envie de s’opposer à ses parents qui ne voient qu’en ce mariage un faire-valoir.

« Le Bazar de la Charité ». 1897. Quelques heures après l’ouverture, une incendie se déclare et ravage tout en quelques minutes. Les scènes descriptives sont à la limite du soutenable. Les cris, les hurlements résonnent en nous.

Puis ce sont les gémissements de douleur, d’horreur, qui nous tétanisent. L’absence criante de calmants efficaces, à l’époque, pour soulager ces blessés qui pour la plupart, succombent dans des souffrances terribles à leurs brûlures, nous arrache  des grimaces incontrôlables.

Constance et Violaine survivent. Grièvement brûlées et détruites à l’intérieur. La mort de la Duchesse fait entrer dans leurs vies Mary Holgart, son amie la plus proche sans doute, car détentrice d’un inavouable et inavoué secret

Entre ces 3 femmes va naître une amitié indéfectible et surprenante. Elles vont à leur manière combattre les préjugés, la violence des choix des familles, la bêtise de leurs consorts… Découvrir la solidarité. Trouver des aides inespérées chez leurs gens de maison, admirables de dévouement et de simplicité bienveillante. Et réapprendre à espérer. A croire en ces choses qui pourront rendre la vie plus belle qu’elle ne l’était.

Tout ce que pouvait être la société de l’époque est présent. Manipulations par les médias , intrigues des plus puissants, trahisons, importance de la noblesse, mépris des plus faibles. Tout y est. Finalement, cette société n’était pas si différente de la nôtre…

Grâce à Mary, Constance et Violaine vont se reconstruire doucement. Faire leurs choix de femmes libres. Elles sont apprendre à être elles-mêmes, à regarder les choses autrement. Les flammes leur ont permis d’avoir une nouvelle vie, une renaissance. Tels deux majestueux Phénix.

L’écriture de Gaëlle Nohant est superbement maîtrisée, douce et violente, et fait de « La Part des Flammes »  un roman historique brillant. Puissant. Comme cet incendie qui dévoilera finalement la Lumière ou le côté obscur de chaque protagoniste.

A lire de toute urgence.

(Article écrit en partenariat avec Le Livre de Poche)

 

 

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