Mes Confidences

Petites confidences du soir… (2)

25 septembre 2015

Mes enfants sont couchés…

Je viens de coller le nez sur la vitre de la fenêtre de ma chambre…

Elle est froide. Fini notre bel et long été…

Les voitures passent vite dans ma rue, comme en fuite de je ne sais quoi…

Les voisins ont presque tous fermé leurs volets. Quelques lueurs apparaissent chez certains. Lumière tamisée à travers des tentures. Ou lumière dansante dans un salon, certainement celle du poste de télé…

Les réverbères éclairent délicatement des arbres qui commencent à roussir. Des vignes vierges qui commencent à rougir. Des lierres grimpants comme celui de chez moi qui commencent à apporter leurs lots de putains d’araignées géantes! L’automne est là…

Je viens de m’apercevoir que je ne vous avais pas fait de confidences cet été… Sans doute le manque de temps. Et surtout, surtout, le plaisir de m’occuper de mes enfants. Entre un qui commence à entrer dans l’adolescence et qui me parle parfois comme si j’étais une demeurée « A ton époque, y’avait quoi comme musique en boîte? Vous dansiez? » « Oui mon chéri! Les orchestres jouaient de la polka et des tangos, pas facile de danser en sabots,  pourquoi? », qui vous vaut un « Non! Quand même pas!!! », et une puce de 7 ans et demi qui vous demande naturellement en plein repas « Au fait maman t’as tes règles toi? » (hilarité du pré-ado…) « Comment tu sais ce que sont les règles? » « Ben dans La Famille Bélier! » Donc, non seulement je me farcis Louane et Sardou, mais maintenant je dois apporter des réponses scientifiques à ma fille, sans heurter sa sensibilité enfantine… Un été tranquille, à laisser le temps s’écouler… Et puis le besoin aussi de souffler, de ne pas écrire forcément, même si parfois un coup de gueule me tentait bien, de laisser cette terrasse prendre ses quartiers d’été, ne pas harceler mes chroniqueurs, et puis l’envie de lire sans penser à la chronique que j’en ferai…

Parce que lire est un véritable plaisir mais aussi un besoin primordial… Une bouffée d’air dans cette actualité morose et déstabilisante. Et quand j’entends dire dans les couloirs d’un salon du livre « Ah oui je la connais cette auteur, mais ce n’est pas de la vraie littérature! », je sens des bouffées de rage monter doucement! C’est quoi la vraie littérature? Y’a -t-il une « vraie » littérature? A quel moment un auteur est-il considéré comme « crédible »? Franchement? Je vénère Zola, Balzac, Maupassant et bien d’autres. Mais je prends un plaisir incroyable à découvrir des auteurs contemporains, qui n’ont pas de Prix, (auxquels je n’accorde pas forcément de crédit) qui sont assassinés par les critiques littéraires sous prétexte que leurs livres sont « faciles », ou qui n’ont pas la reconnaissance de leurs pairs. Je ne répéterai jamais assez que chacun lit ce qu’il veut. ce que bon lui semble. peu importe le regard des autres. Que si la lecture n’avait pas porté pendant des décennies ce poids élitiste qui a traumatisé des générations, les gens liraient plus de nos jours. Ils auraient eu moins de complexes à entrer dans une librairie pour acheter ce livre décrié par une poignée d’intellectuels endimanchés. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les petites librairies avaient fermé leurs portes une à une? Un libraire très connu sur Metz m’a apporté voilà plus de 14 ans cette réponse: « Les grandes enseignes ont explosé ces dernières années car elles assurent un anonymat aux lecteurs. N’importe qui peut acheter n’importe quoi sans crainte d’être jugé. Nous, petits libraires, nous avons souvent eu ce tort: ne pas aller vers les lecteurs pour les encourager à lire ce qu’ils aimaient. Nous avons essayé de leur refourguer ces livres que NOUS nous aimions sans penser à ce que EUX voulaient vraiment. Nous avons contribué à notre propre sabordage » Je me rappelle avoir été très surprise par ce raisonnement très lucide vu qu’une de ses libraires, aussi glaciale qu’un iceberg, m’avait ri au nez quand je lui avais demandé, voilà quelques années, si elle avait dans ses rayons un Helen Fielding que je voulais offrir à une amie… De nombreux libraires ont malheureusement été les victimes colatérales de cet engouement pour les grandes chaînes de « culture ». J’ai connu de bons libraires. Ceux qui savaient conseiller, encourager, et qui ne toisaient pas les clients quand ils entraient chez eux. Je fréquente beaucoup les bouquinistes. Celui près de chez moi a une fréquentation qui fait rêver… Le samedi, les gens entrent chez lui par dizaines, fouinent, trouvent ou pas, paient des livres quelques petits euros et repartent avec le sourire. Lui papote avec tout le monde, ne juge personne et si vous prenez le temps de discuter avec lui, il vous fera visiter sa caverne aux trésors: il a entassé des milliers de livres d’occasions dans une belle maison lorraine, et ceux mis à disposition des clients ne représentent que le tiers de ce qu’il peut proposer. Je suis persuadée que ce mec fait plus pour la lecture que tous les critiques littéraires réunis. Mais il a 75 ans et devra sans doute bientôt s’arrêter, trop tôt à mon goût. Alors, gardez en tête cela: vous avez le droit de lire ce que vous voulez. Vous serez sans doute surpris de voir à quel point la lecture est une valse qui vous emmènera d’un livre à un autre, vous fera tournoyer d’un genre à un autre. Faites fi des critiques et des remarques. LISEZ. Un point c’est tout!

D’ailleurs, mon rythme de lecture s’est un peu calmé depuis la rentrée… J’enseigne pour quelques mois dans une classe de Petits en maternelle. Moi qui ai toujours enseigné dans le primaire, je découvre un monde incroyablement riche et surprenant. Des bouts d’chou minuscules qui viennent vous prendre la main pendant une lecture d’histoire, qui parlent peu mais savent se faire comprendre, qui vous regardent avec des yeux étonnés quand vous dites « Bon, il faut ranger tout ce qui traîne maintenant, on va travailler! » Je ne l’ai dit qu’une fois, cela… Parce que déjà, ranger à 2 ans et demi, est presque inconcevable mais travailler l’est encore plus… On ne travaille pas à cet âge. On découvre, on manipule, on joue, on se sociabilise… Ce sont la maîtresse et son ATSEM qui travaillent, pas les enfants. Parce que ceux qui pensent que la maternelle est une planque pour les enseignants, sont un rien à côté de la plaque… Je vous mets au défi de rentrer dans une classe de maternelle le matin sans avoir préparé votre journée… En quelques minutes, vous aurez des tas de clipos, de légos renversés partout, des perles énormes qui roulent au sol dans un bruit terrible, des monticules de feuilles gribouillées par ces artistes en herbe, sans compter les plus hardis qui vont aller tranquillement ouvrir les pots de peinture et faire de vos chevalets en bois une reproduction moderne des Grottes de Lascaux! Quant à la salle de motricité, si vous n’avez pas prévu des choses particulières, elle se transformera en salle de jeux géante, avec cris, courses et pleurs inhérents à des bousculades monumentales! Parce que sachez que les petits bouts de cet âge ne savent pas se ranger, attendre leur tour et ne comprennent pas que, non, on ne monte pas sur le toboggan pendant que la maîtresse installe les parcours en essayant de surveiller des élèves super motivés dans l’art de l’improvisation gymnique: « Non Théo, on ne lance pas les cubes en plastique sur les copains! » « Chloé! Les cordes ne servent pas à faire une laisse à tes copines! » En arrivant dans cette classe début septembre, je ne pensais pas découvrir une telle facette de mon métier. Je m’éclate. Vraiment. J’apprends à écouter des bambins qui ont tant à dire. Je console les petits coups de cafard. Je câline. Je cajole. Je râle, aussi. Parce qu’ils ne vont quand même pas faire ce qu’ils veulent, faut pas rêver… Et surtout je prends conscience que dès cet âge là, ils ont envie d’apprendre. A leur rythme, à leur façon. Que la maternelle est primordiale car elle apprend la sociabilisation. Apprendre à écouter les autres. A les respecter. Pas toujours simple dans une société qui fait de nos enfants des rois. Et le soir, je suis vidée. Parce qu’être entourée de si petits bambins signifie ne pas relâcher son attention, être à l’écoute du moindre mot, comprendre la moindre larme… est parfois épuisant. Je ne sais pas ignorer leurs mots, même incompréhensibles. Je passe les 3/4 du temps à genoux, accroupie. Je joue avec eux. Et mon moment préféré: leur raconter des histoires… Observer leurs réactions. Comprendre que certains ont déjà cette sensibilité qui leur fait anticiper la chute ou expliquer ce qui se passe dans le récit. Je souris quand je les vois prendre les livres, s’asseoir et se raconter, reformuler l’histoire à leur façon. C’est incroyablement bon… Et stimulant. Et puis….

Et puis… Dans ma classe, cette petite fille, Lina. Ses parents sont réfugiés politiques irakiens. Le papa était journaliste dans ce pays. Elle ne dit que quelques mots « Oui » « Non » « Maîtresse » « Pipi »… Des petits mots pour se faire comprendre. Une puce qui est arrivée en France quand elle était toute petite… Ses parents ont ce regard grave mais soulagé. Ils ont toujours le sourire. Ils me saluent chaque matin avec cette politesse que certains parents feraient bien d’apprendre. Ils me remercient 4 fois par jour. Ils sont reconnaissants. Ils apprécient vraiment de voir leur petite fille me sauter dans les bras . Ils me parlent de façon hésitante, mal assurée. Je les aide à remplir les papiers dont ils ont besoin. Ils s’excusent platement quand Lina a eu un petit accident, en voyant le sachet de linge sale accroché avec son manteau. Ils sont émerveillés quand leur fille leur mime les jeux de doigts, ou me dit « Maîtresse! » en arrivant, avec le sourire. Ils savent ce à quoi ils ont échappé. La gravité du regard du papa est effacée quand il voit sa fille sortir de la classe en souriant. Oui. Reconnaissant est bien le mot. Cette reconnaissance humble et émue qui me touche au plus haut point. Et quand un oncle d’élève me manque de respect, se montre odieux et me parle comme à un chien, c’est ce même papa, parlant mal encore notre langue, qui intervient pour prendre ma défense, les autres parents ne disant rien. Cet homme a de belles leçons à donner à ceux qui pensent que tout leur est dû. Hier, c’est moi qui l’ai remercié platement. Pour cette leçon qu’il a donnée involontairement aux gens présents. Et pour m’avoir soutenue face à cet imbécile notoire. Oui ils sont réfugiés. Et à cet instant précis, j’ai eu la certitude d’être plus proche d’eux que de ces gens blasés et muets, alignés dans le couloir.

Bon… Mon compteur de mots indique 1814… Je ne vous ai pas trop ennuyés? Je vous laisse… Il est tard… je vais rejoindre mon amant du jour, Craig Johnson et son excellent « Little Bird »… A très vite?

Nath.

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7 Commentaires

  • Répondre Yannick 26 septembre 2015 à 20 h 12 min

    J’adore le texte. J’adore la photo. Bravo Nath. Grand talent, belle personne…

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 26 septembre 2015 à 23 h 17 min

      Merci infiniment…. Je ne sais pas si je suis une belle personne mon cher Yannick… mais j’essaie de faire de mon mieux….. Je t’embrasse.

      • Répondre Yannick 27 septembre 2015 à 13 h 45 min

        😉

  • evjungers@gmail.com'
    Répondre Evelyne 27 septembre 2015 à 14 h 04 min

    Coucou Lila. Merci de réhabiliter tous ces bouquins qui peuvent plaire sans être ‘du sérail ». La lecture reste de la lecture! Et merci de nous permettre de ne pas culpabiliser quoi qu’on lise, quoi qu’on aime! Le principal n’est-il pas de continuer à aimer lire? Merci aussi d’écrire avec autant de tendresse la vie riche et épuisante d’une « maîcresse » en maternelle! Je t’embrasse fort et attendrai avec patience ta prochaine chronique!

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 27 septembre 2015 à 18 h 30 min

      Merci beaucoup ma chère Evelyne. Continuer à aimer lire, c’est cela le plus important!
      J’espère que tu vas bien!
      Gros bisous

  • acgranat@gmail.com'
    Répondre Caro 21 octobre 2015 à 22 h 20 min

    Oh <3
    Moi aussi je suis en PS.. mais je ne m'éclate pas :'( Je trouve ça vraiment difficile :'( :'(
    Pour tenir, je pense, entre autre, au sport et à mes lectures en cours, prochaines, hypothétiques, utopiques.. 😀 …
    Je pense aux cavernes des bouquinistes parisiens ou Nancéens ou… que je retrouverai le week end…
    Grrrr… : tu viens de me donner une ce ces furieuses envies de rencontrer ton libraire à la maison lorraine.
    Où l'as-tu rencontré? C'est un secret? ^_^
    ( Bisous bisous à toute la Lila's team 😉 )

    • Répondre Lila sur sa Terrasse 21 octobre 2015 à 23 h 04 min

      Oh ben non! Pas de secret… Il faut venir jusque Clouange, près de Metz…. 😀 Il est incroyable…

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