Le Boudoir des Nanas

Putains de cartons.

17 septembre 2017

Une bien longue absence…

Non. Je ne suis pas dépressive tendance ermite qui s’isole de tout. Enfin… Si. Le temps de mes vacances, toujours. Déjà que je déconnecte systématiquement pendant mes escapades, mais en plus, cette année, je suis allée dans le Lubéron. Enchanteur et troublant.  Mais le mot Wifi ne fait pas partie du patois local, sachez le. Ni les mots « réseau téléphonique ». Debout sur un rocher dans le haut du camping pour signaler que tout va bien à vos proches, vous hurlez dans votre téléphone, abrutie que vous êtes, espérant que votre correspondant entendra mieux. « ALLO? ALLO? OUI C’EST MOI!!!!! CA VA? NON JE NE SUIS PAS MORTE!!! TOUT VA BIEN! JE REPETE: TOUT VA BIEN! » Sous les yeux ébahis des randonneurs de passage devant supposer que je suis une rescapée d’un crash aérien pour hurler de la sorte. Je me suis égosillée pour gérer à distance  le vol/disparition/incendie de ma voiture neuve. Une histoire aussi longue que loufoque. Mais qui m’a permis de voyager avec deux enfants et un tas de valises dans une Twingo  Sport, prêtée par le garage,  orange,  aussi grande que… Que rien, en fait. Bref. Donc non, je ne suis pas dépressive.

Non. Je ne suis pas non plus partie dans un ashram en Inde me ressourcer. J’aurais dû. Car après l’épisode voyage en boîte à savon qui consomme autant qu’une Nissan GTR (ch’ais pas c’que c’est… C’est mon fils qui vient de me souffler…), voici le moment que je redoutais tant depuis des semaines. Mon déménagement. (En intra-veineuse les tisanes ayurvédiques!).  Avant de déménager, calculs non stop de la superficie à vider et de celle à remplir, en imaginant la place des meubles. Sans mètre. Sans dessin. Tout à vue de nez. Mais oui, tout va rentrer, c’est évident. Quelle question conne… Depuis je suis devenue pote avec le mec de la déchet’.  Armoire, table, décos, lampes, étagères, jeux des gosses… C’est la couleur des murs qui est trompeuse, en fait. Bref.

Donc, l’opération « cartons » a débuté.

C’est quand même assez terrible de voir comment nous avons l’impression de n’avoir « pas grand chose » chez nous. Je disais à tout va « Mais non, cela va aller vite, j’ai pas grand chose. » Hormis les bouquins bien évidemment. Là, j’assume. Donc si des meubles se vidaient, des montagnes de cartons apparaissaient au fur et à mesure dans les pièces. « Mais putain! Il n’est pas encore vide ce truc? » « Bordel! Depuis quand j’ai un tire bouchon de restaurant encore emballé moi? » « Les enfants! C’est vous qui avez acheté une machine à pâtes sans me le dire? » « Oh la vache! J’ai gardé ce manteau horrible depuis toutes ces années, moi? » « C’est à qui cet épilateur à cire chaude? »

Donc, j’ai emballé.

Et j’ai souri. Parce que dans tout ce fatras, s’étaient cachés des petits trésors… Ceux qui vous renvoient des années en arrière. Quand votre désormais ado vous faisait des petits dessins avec un mot doux « tes la meyeure mamman du monde. Je tème. » Maintenant c’est post it ou sms « Hey M’man, tu peux ach’ter du jus d’orange steupe? Et des chips! » ou encore « J’vais chez Jay, tu viendras me chercher? J’te bipe! » Les mots doux le sont autant que les poils de leurs torses imberbes. Inexistants. Ou un collier fait par votre fille, peint de façon surréaliste; que vous n’avez jamais mis mais qui a désormais sa place au milieu de vos bijoux. Ou encore ces pages noircies quand j’étais ado ou jeune adulte. Des lignes noires, et par la couleur de l’encre, et par le contenu. Des lignes qui étalent une vie riche mais des états d’âmes parfois morbides. Des moments pendant lesquels vous êtes assis sur le lit, sur le sol et que vous vous replongez dans tout cela avec une nostalgie incroyable, sourire aux lèvres, yeux humides; vous mesurez la chance que vous avez… Avoir toujours des traces de ces moments de votre vie, des petits bouts de rien qui auraient pu s’échapper de vos armoires sans que vous vous en rendiez compte mais qui sont restés prisonniers involontaires de vos petites boîtes en carton…

Et puis aussi… Vous ricanez. Oh merde! Des photos de votre ex belle-mère! (Regrets de ne pas avoir de cheminée pour tester un rituel vaudou.) Oh la vache! La belle sœur aussi. (double regret. Voire triple). HOP là! Sac à poubelle pour le  non recyclable. « Oh punaise! Mais quel coiffeur m’avait fait cette coupe immonde? » « Un vrai sac à patate dans ce pantalon! » « J’ai eu une chemise rose, MOI? » « Euh, les factures GDF de 2006, fallait les garder? » Et quand vous tombez sur des cartes postales de gens dont vous ne vous rappelez même plus le nom de famille ni dans quelles circonstances vous les aviez rencontrés, et qui ont disparu de votre vie, vous vous dites que cette même vie est bien faite; car une fille à poil sur le dos d’un dauphin qui dit « Je suis le roi de la plage », ce n’est pas très glamour. Absolument pas, même. Sûrement des potes à votre ex. Forcément. Ou alors ce jeu de figurines en plâtres à mouler soi même, qui avait été offert à votre fille et que vous aviez mis un point d’honneur à faire oublier, qui se dévoile derrière un carton de boules de Noël, et que vous dissimulez avec adresse dans un vieux pull qui traîne par là et qui finit à la déchet’, vous fait sentir forte, maline et terriblement cruelle et sans cœur. Pas grave. Toujours ça en moins à trimballer.

Et les cartons s’entassent. Pas le temps de rester vides, ils s’empilent. Voyant défiler des sacs noirs ou transparents, selon la destination finale envisagée. Eux se remplissent de petites choses que l’on veut garder, que l’on a envie de voir nous accompagner pendant encore un bout de chemin… On les enferme précieusement, pressées de les voir dans un nouvel environnement, épuré, et plus zen… Des cartons de toute taille. De toute contenance. Des cartons qui deviennent envahissants. Vous savez, comme dans ces films d’horreur dans lesquels le héros du film voit les choses s’avancer et grandir à chaque clignement d’œil! Vous vous endormez et vous vous réveillez, persuadés que les cartons ont changé de place, se sont vidés puisqu’il faut à nouveau en remplir sans discontinuer. Une magie maléfique sans doute orchestrée par les photos jetées de votre ex belle mère. Une spirale infernale de cartons qui permettent malgré tout de trier, de ranger proprement… Quand ils s’ouvriront, tout aura une nouvelle place.

Mais c’était sans compter sur ce moment fatidique, le jour J quand vos potes et vos amis ont tout déménagé, faisant saillir leurs muscles sous des Tshirt ou débardeurs blancs ( si si! Je vous assure! cela peut être ultra sexy un mec qui transpire en portant votre machine à laver) trempés d’avoir portés et remontés gentiment quelques meubles, vous quittent en vous lançant « Allez! Bon courage Nath!« . Vous voilà seule au milieu d’un joyeux capharnaüm. Vous demandant dans combien de temps tout aura retrouver une nouvelle place dans cet appartement lumineux et refait à neuf…

Ce jour J qui voit les choses prendre une nouvelle tournure. Les cartons se vident… Et puis… Non, vous ne pouvez pas garder cet affreux chat en porcelaine offert voilà des années par une élève qui a sans doute oublié comment vous vous appelez. Vous ne pouvez pas non plus décemment garder cette lampe en tissu délavé. Ou ce cadre ébréché… Alors vous remplissez de nouveaux cartons qui iront rejoindre la benne de la déchetterie la plus proche. Des souvenirs qui n’en sont parfois plus. Des choses qui n’ont aucun sens dans votre nouvelle vie. Des choses qui ne vous parlent plus. Des choses qui sont vides de tout attachement… Les plus beaux souvenirs sont ceux qui nous font sourire quand on les regarde. Ou qui sont en nous.  Pas ceux qui nous plisser les yeux « Mais d’où ça vient, ça?« . Je me dis souvent que les choses matérielles remplissent des vides dans nos vies. On garde pour ne pas avoir une impression de néant. Entasser pour ne pas « oublier », c’est triste. Nul besoin de babioles pour se souvenir de nos beaux moments… Vider son intérieur pour vider son esprit. Indispensable thérapie en cas de morosité intense.

Moi, ce soir, je regarde ce pot noir posé sur mon bureau, rempli de bouts de bois flotté ramassés au fil de nos promenades sur les plages normandes, avec mes enfants. Leurs œuvres personnelles, lorsqu’ils s’employaient à me dessiner des cœurs ou des fleurs.  Ces photos de nous, rayonnants et heureux. Ce coffret de Daniel Darc posé à côté de moi. Ces tas de livres à chroniquer, en retard. Ces billets à utiliser à la station thermale du coin, offerts par mes amies un jour de vide intérieur abyssal. Ces choses qui me parlent et m’émeuvent au plus haut point. Ces choses qui me rendent riches de petits riens essentiels…

Les cartons ont disparu. Aplatis et jetés dans la benne adéquate de la déchetterie. Moment jubilatoire quand vous balancez le dernier sous l’œil inquisiteur de votre nouveau pote qui vérifie quand même que vous ne vous trompez pas de secteur…

Et la vie reprend son cours.

Nous sommes le 17 septembre. Mon appart est rangé. J’ai rendu la Twingo Sport orange. Le Lubéron me manque terriblement. J’ai oublié quels objets j’ai jeté voilà deux semaines. J’ai repris le travail. Je recommence à lire chaque soir. Je dors à nouveau profondément, ne faisant plus de calculs de superficie dans le moindre de mes rêves. J’envisage toujours une retraite dans un ashram en Inde. Je klaxonne le mec de la déchet’ quand je le croise. Je continue à boire des tisanes ayurvédiques. J’ai rallumé mon ordinateur. J’ai retrouvé le chemin de notre terrasse. J’écris. Voilà.

Ils me paraissent loin ces putains de cartons.

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