Montage de trois photos de Marilyn Monroe écrivant dans un carnet et cherchant l'inspiration
La Malle aux Livres

Quand février pleure, le lecteur rit.

Véritable dicton « Quand février pleure, avril rit. »

Une putain d’histoire – Bernard Minier

le lecteur rit

Quand le cadavre d’une jeune fille est retrouvé sur une plage d’une petite île tranquille, c’est toute la vie de cette petite communauté qui va être bousculée. L’enquête policière va s’orienter vers le petit ami de celle ci, Henry, accessoirement narrateur de l’histoire. Lui, Naomi et leurs amis étaient inséparables et pensaient tout connaître les uns des autres. Jusqu’à ce que… Il est difficile de chroniquer un tel roman sans divulguer des indices, sans dévoiler les multiples rebondissements.

C’est le premier livre de Bernard Minier que je lisais… Je n’avais donc pas d’éléments de comparaison avec ses autres bouquins. Ici, l’île semble être une personne à part entière, avec ses secrets, ses plages cachées, ses endroits tranquilles, ses forêts luxuriantes et la pluie qui semble incessante et qui donne à l’ensemble, un côté oppressant. Un contexte idéale pour cette intrigue menée avec brio, qui ne nous laisse, à aucun moment, entrevoir une fin bluffante…

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

le lecteur rit

Terré dans sa « Tanière », son principal quartier général, caché dans la forêt, Hitler était terrorisé à l’idée d’être empoisonné. Il a employé de nombreuses femmes qui lui servaient de goûteuses. Il ne mangeait qu’après être certain qu’aucune d’entre elles n’était souffrante.

Tiré d’un fait réel, Rosella Postorino romance ici l’histoire d’une goûteuse, Rosa dont le mari est sur le front russe; elle a quitté Berlin pour se réfugier chez ses beaux parents, dans cette campagne qu’elle n’aimait pas. Avec 9 autres jeunes femmes, elles vont devenir, contraintes et forcées, les goûteuses du Führer. Dégustant des mets fins, des plats cuisinés avec toujours cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Et si toute bouchée était la dernière? Et puis il y a aussi cette culpabilité: elles mangent alors que leurs familles sont à la limite de la famine depuis des mois… Rosa n’est pas nazie. Elle n’a aucune sympathie pour la politique du Reich mais elle doit se taire et avaler. Les plats et les remarques de ces fanatiques qui vouent un culte à leur chef.

J’ai toujours été attirée par ce livre. Je trouvais le sujet intéressant. Et puis… La déception. C’est long et parfois décousu. Je n’ai pas pour habitude de critiquer de façon négative un bouquin dans la mesure où je ne le finis pas. Mais là, je l’ai lu jusqu’à la dernière ligne. Au cas où… Et je suis restée sur ma faim. Sans jeu de mots.

Comédie musicale – Sophie Bassignac

Un appartement. Dedans, il y a les cousins Max et Raphaël. Un rien inséparables et un rien névrosés. Leur co-locataire, Louise, danseuse qui rêve d’endosser le rôle de Rita Hayworth sur scène. Dessous il y a Cécile, prof de fac qui n’aime rien tant que boire en cachette. Célibataire et fataliste. Un quatuor attachant et perché. De doux fous qui cachent des fêlures à peine dévoilées au fil des pages…

Il y a aussi les mères jumelles des cousins, manipulatrices et hautaines, qui viennent un jour leur annoncer que l’appartement est désormais en vente. Et qui repartent bras dessus, bras dessous, avec un mépris dévastateur pour leurs fils. Et puis il y a Eva, une finlandaise évanescente mariée à un milliardaire mis en examen depuis pet et qui trouve refuge chez eux. Et au milieu de tout cela, leurs blessures, leurs secrets et leurs espoirs. Et l’envie inconmensurable de se soutenir les uns les autres, de s’aider et ne laisser personne au bord de leurs chemins.

Un livre de Sophie Bassignac écrit magnifiquement, qui nous renvoie à nos propres expériences et nos propres démons. Petits ou grands. Et si l’amitié, le véritable amour désintéressé était la clef de tout? A découvrir absolument.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Mariées à des inconnus partis travailler aux États Unis, elles sont montées sur ces bateaux, pensant trouver de l’autre côté de l’Océan Pacifique une vie idyllique.
Leur traversée était remplie d’espoir, de rêves, d’envie d’être la fierté de leurs familles souvent pauvres qui les ont regardées partir en pleurant et en espérant que l’argent qui leur serait envoyé les aiderait dans un quotidien difficile…
Ces femmes étaient des fermières, des ouvrières, ou des jeunes filles de bonne famille.
La découverte du sol américain fut un choc pour toutes. Leurs maris n’étaient pas banquiers ou riches commerçants mais des ouvriers pauvres qui trimaient chaque jour pour survivre. Passée la nuit de noces, d’une bestialité sans nom, elles ont su qu’elles n’auraient pas la vie dont elle rêvait. Et elles savaient qu’elles appartenaient à leur mari, de manière indéfectible, dans ce pays dont elles ne connaissaient rien, même pas la langue…
Elles ont travaillé dans les champs, courbées, à en tomber évanouies pendant les grosses chaleurs ou les grands froids, leurs mains ont autant saigné que leurs yeux ont pleuré.
Elles ont eu des enfants. Élevés dans des conditions difficiles, ils ont appris l’anglais avant elles.
Elles sont devenues blanchisseuses ou femmes de ménage, acceptées parfois pour ce qu’elles étaient et non seulement pour leurs travaux impeccables. Mais elles n’en restaient pas moins que des étrangères livrées au racisme ordinaire.
Le bombardement de Pearl Harbor. Et les espions supposés et dénoncés par méchanceté, par vengeance ou jalousie… Des hommes emmenés qui ne reviendront plus. Et quand des camps de concentration pour japonais ouvrent, dans ces campagnes américaines, ils sont plus de 120000 à y être envoyés et enfermés. Femmes et enfants compris.
Julie Otsuka prend ici la voix de ces femmes anonymes pour raconter ces étapes de vie parfois insoutenables. Des milliers de voix qui résonnent, qui déclament les souffrances subies.
Des voix qui lèvent le voile sur un passé tristement omis dans nos manuels d’Histoire.
Des voix qui leur rendent hommage et la plume de Julie Otsuka qui les sublime. Majestueux.

Les larmes noires sur la Terre – Sandrine Collette

le lecteur rit

Quand Moe quitte son île paradisiaque pour suivre celui qu’elle voit comme un prince charmant, elle imagine une vie douce en France, auprès de celui qu’elle aime.
Quelques mois plus tard, elle se retrouve à la rue, battue, avec un enfant, sans un sou en poche et sans personne vers qui se tourner. Suite et fin du rêve.
Contrainte, elle finit à « La casse ». Ce foyer pour cas perdus, pour tous ceux à qui la vie a joué un sale tour. Ou plusieurs.
Dans cette casse, car cela en est vraiment une, elle se retrouve avec son petit Côme, dans une voiture comme simple refuge.
Elle va découvrir les conditions d’hébergement, les règles de vie, les exigences de cette communauté paumée… Travailler pour quelques sous alors qu’il en faut des dizaines de milliers pour espérer sortir de là. Regarder la violence quotidienne sans la voir. Ou ne pas vouloir la voir.
Et puis il y a Ada, Jaja, Poule, Marie Thé et Nini. Des femmes qui vont l’accueillir dans leur petit cercle rempli d’une rare humanité à la Casse. Elles vont lui faire découvrir que les liens de l’amitié, la solidarité, l’espoir sont permis dans ce monde noir. Et que cela peut sauver de tout.
Une nouvelle fois, Sandrine Collette me bouleverse, à en rester muette. Elle me gifle par la justesse de ses propos, durs et sans aucune concession. Elle sait mettre le doigt là où cela fait mal. Tu vois, là, ces femmes laissées pour compte qui croupissent dans des bagnoles? Ben c’est ici, chez nous. Il suffit de bien regarder et tu les verras. Avec leurs sacs de blessures et de souffrances, leurs sourires de façade, leurs désillusions et leurs cris muets… et peut-être aussi la lueur dans les yeux, si minuscule soit elle, celle qui leur fait y croire encore. Juste un peu…
À lire absolument.

My absolute darling – Gabriel Tallent

Ce qui est vraiment une sensation dérangeante est que je suis capable de dire, en temps normal, je n’ai pas aimé ce bouquin parce que bla bla bla mais cependant l’auteur a une écriture intéressante, ou une idée à creuser, etc…. Ou j’adooooooore ce bouquin mais qu’est ce qu’il est léger.
Là. J’en suis incapable.
Peut être parce qu’il ne mérite pas de demi mesure.
Car il n’en a aucune.
Pas de demi mesure dans la violence morale et physique que son héroïne, Turtle, subit depuis sa plus tendre enfance, auprès d’un père survivaliste, fataliste, fou de jalousie envers sa fille et incestueux.
Turtle s’est forgé un caractère bien trempé, refusant toute amitié éventuelle, insultant facilement et méprisant tout ce qu’elle n’est pas ou ne comprend pas. Elle tire avec des armes à feu avec une dextérité presque effrayante.
Dès les premières pages, nous sommes plongés dans leur univers étouffant. Les odeurs de leur maison et de la forêt semblent traverser le papier pour venir nous envelopper avec une sensation à la fois de dégoût et de fascination.
Dégoût de ce que représente cette relation toxique et fascination pour cette gamine. Avec parfois l’envie de rentrer dans le bouquin, de fracasser son père et de la suivre en forêt pour apprendre à l’apprivoiser, pour apprendre la nature, tout court. Parce que cela aussi c’est fascinant: la description de la forêt, des plages, des routes sauvages. Malgré des longueurs, des passages presqu’ennuyeux…
Tout un paradoxe ce livre.
Entre la délicatesse des descriptions et la violence permanente endurée par Turtle. Une violence qui nous tourmente jusque dans les rêves dans lesquels je me voyais courir dans une forêt d’arbres en fer, sur des chemins de verre. (s’il y a un thérapeute, je suis ok pour une analyse éventuelle! merci!)
Et c’est cela qui m’a dérangé, je pense. La violence omniprésente. Pas un moment de répit. Et puis finalement… On se rend compte de ce que vit Turtle. Être sur la défensive à chaque seconde. Devenir méfiant, tendre le dos, anticiper… Et peser des mots qui peuvent devenir les déclencheurs d’une colère paternelle monstrueuse.
L’envie de cette gamine de partir, de quitter son père et d’aller se réfugier chez ces deux garçons rencontrés en forêt et qui l’ont acceptée telle qu’elle est. Mais son incapacité à prendre cette décision, à franchir le cap, parce que ce monstre rempli de souffrances et de blessures, est et restera son père. Qu’elle en a peur mais qu’elle l’aime en même temps. Et que cet univers est le seul qu’elle connaisse. La quête d’une émancipation qui sera, on le devine, impossible sans violence.
Et la fin qui me laisse sur la mienne.
Trop lisse. Un fossé entre ces dernières pages et le reste du roman…
Quand je l’ai refermé, j’ai du souffler. Le temps de le digérer. D’accepter d’être aussi perturbée et bousculée. Et de ne pas avoir les mots.
Gabriel Tallent a 33 ans. Chapeau bas. Il a mis des années à écrire cet amour absolu.
Je suis impatiente de lire les prochains. Parce que si le bouquin me laisse encore indécise, je n’ai aucun doute sur le talent absolu de ce jeune auteur.
Donc? À lire?
Oui. Absolument. Cela va vous secouer. Vous ne saurez pas quoi dire.
Mais vous y penserez sans arrêt, des jours après. Preuve qu’il y a quelque chose d’insaisissable et de fascinant dans ce livre que je pense, finalement, peut-être excellent…

Lila sur sa Terrasse

Je suis moi.

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