La Malle aux Livres noirs

Raisons obscures – Amélie Antoine

27 mars 2019

raisons obscuresLes mensonges dans un couple. Dans deux, ici.

Deux couples que l’on découvre au fil de ce roman qui atrophie notre activité; le temps de le terminer. Deux histoires en parallèle. Qui semblent donc ne pas devoir se croiser…

Deux couples qui vivent, bercés d’illusions, étouffant sous les secrets, en oubliant de regarder ce qui se passe réellement sous leur toit.

Un toit qui abrite leurs histoires, leurs amertumes, leurs désirs et leurs incapacités notoires à se poser et parler. Juste parler. Entre eux. Avec leurs gamins surtout. Non. Ça ils n’y parviennent que dans la mesure où cela peut conforter leurs décisions.

Les deux couples ne réalisent pas que sous ce toit, il y a des gamins qui dégustent, parce que les adultes ne sont pas là. Ou pas comme il le faudrait.

Mais comment savoir ce qu’il faudrait, justement?

Comment réaliser le déni de tant de choses qui nous poussent à ne rien voir? Ou à ne pas avoir envie de voir?

La peur de s’être trompé? La peur de ne plus être capable de sourire au quotidien? La peur de perdre un statut quelconque? Ou tout simplement la certitude de ne plus être soi?

Un déni qui rend aveugle. Sourd.

Au point de ne pas voir les mômes qui souffrent. L’un au point de faire souffrir un autre. L’autre au point de baisser la tête et d’encaisser. Irrémédiablement.

Le harcèlement. Parce que c’est cela dont il est question, ici. Cette chose glaçante que chaque parent redoute. La magie de l’innocence supposée de nos enfants serait elle une illusion? Une illusion qui devient sombre puis noire au fil des pages.

Jusqu’au moment où tout bascule. Dans l’horreur d’un choix de gamin meurtri, détruit.

Jusqu’au moment où leurs parents n’auront pas d’autre possibilité que de voir leurs vies éclater. De la façon la plus terrible qui soit.

Amélie Antoine nous entraîne dans les méandres de ces conflits intérieurs, dans la tête de ces gamins, et de ces adultes qui persistent à vivre les yeux ouverts mais résolument clos.

Avec une violence implacable, elle nous amène là où elle veut: à ce moment précis où on fermera les yeux en la lisant et en se disant « Putain de bordel de merde, c’est juste pas possible. » Car on voit venir mais on n’y croit pas. On refuse d’accepter cette folie destructrice. On se persuade que non, que la marche arrière va s’enclencher. Cela en devient oppressant. On attend désespérément un dénouement rassurant.

En vain.

Elle nous pose là, dans ce vestiaire.

On saute même des lignes pour ne pas avoir à lire. Et on se dit que finalement, nous n’avions pas réalisé que la fin serait aussi dramatique. Un peu comme ces adultes cités plus haut…

Une gifle.

A lire absolument.

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Amélie,

« Maman tu pleures? » est la question que m’a posée ma fille quand j’ai terminé ton livre. 

Peut-il en être autrement? En toute honnêteté? Elle rentre en 6ème l’an prochain. Je flippais déjà. Tu imagines maintenant?

La dernière fois que j’ai sauté des lignes pour ne pas avoir à subir cette pression terrible c’était pour « Shining », la scène dans le labyrinthe. Là je n’ai pas pu. Comme dans ton chapitre final. J’aurais aimé les sortir de ton livre. Et les rassurer sur la vie qui n’est pas si laide.

Parce que même si elle nous joue de vilains tours, elle peut ne pas être si laide… 

J’aime m’en convaincre. Ou du moins essayer. Mais ce monde qui hurle me fait vaciller parfois.

Merci. Pour tout. Ta confiance et le reste.

On se voit bientôt…?

Love.

Nath

[ssba]

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Un commentaire

  • Répondre En avril ne te découvre pas d'un livre... - Lila sur sa Terrasse 9 avril 2019 à 10 h 59 min

    […]   Un livre oppressant et intelligent sur ce fléau qui terrorise chaque parent que nous sommes. […]

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