Anonym'us

Trophée Anonym’us #14 – 383 dans ces rues-là…

15 janvier 2016

Parce qu’il est de ces événements qui nous glacent…

En écrivant cette nouvelle, l’auteur rend un magnifique hommage tout en sobriété, sans pathos ni emphase larmoyante aux victimes des attentats du 13 novembre.

Et c’est juste beau.

Au milieu des allées et venues du commissariat, la jeune femme attendait sur un banc. Cela faisait une bonne heure qu’on l’avait collée là, dans ce couloir où plus personne ne faisait attention à elle. Elle était blême, la tête penchée sur ses mains, elle fixait ses ongles rongés. Il devait être vers les onze heures trente quand un type plus fatigué que les autres planta son froc sale au bout de ses genoux en prononçant son nom. Elle se leva et le suivit jusqu’à son bureau où elle s’assit. Le policier du nom de Fourier s’absenta cinq bonnes minutes et revint avec deux cafés. Il en posa un devant elle. Elle n’avait rien demandé, mais le prit avec plaisir. Plaisir n’était pas le mot adapté. Elle prit ce gobelet de café industriel, volontiers.
À moitié caché derrière son écran, il commença par ouvrir un dossier et lança le logiciel pour prendre la déposition. Ses gestes étaient une suite d’actes automatiques qui indiquaient que lui non plus n’avait pas beaucoup dormi et cela, depuis un bon moment. Pendant que l’ordinateur moulinait, le lieutenant Fourier attendait en avalant son café. Il gardait les yeux rivés vers la minuscule fenêtre. Elle se demanda ce qu’il pouvait bien regarder comme cela. La vitre opaque de crasse donnait sur le mur noir de la cour ruisselant de pluie. Le seul élément remarquable de ce décor triste était la tache jaune de la fenêtre d’en face. Peut-être voyait-il des collègues s’agiter dans un bureau voisin ? En fait en se tournant vers lui, elle s’aperçut qu’il s’était assoupi le gobelet aux lèvres. L’ordinateur avait cessé de souffler comme un bœuf, c’était maintenant au tour du lieutenant de ronfler. À vrai dire, elle aussi aurait bien piqué du nez, mais après s’être laissée aller à une bonne minute de torpeur, elle se redressa brusquement et assez bruyamment pour que le policier reprenne ses esprits. Elle déclina identité, âge, adresse, profession puis quand le fonctionnaire Fourier planta les yeux dans les siens, elle comprit qu’il fallait y aller, qu’elle devait déballer son sac rempli jusqu’à la gueule, jusqu’à vomir.     (…)
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