Anonym'us

Trophée Anonym’us #17 – Charogne

31 janvier 2016

J’ai lu cette nouvelle alors que je rentrais d’un festival de théâtre…

Elle m’a laissée sans voix.

Encore émue par tous ces spectacles que je venais de voir, je me suis imaginée dans une salle noire. Avec l’héroïne qui faisait son long monologue sur scène… Avec sa sensibilité, ses souvenirs… Et je l’ai écoutée me raconter tout cela. Tout simplement magnifique.

Dans mon trio de tête!

 

L’odeur.
La puanteur, bien sûr, c’est l’odeur qui a alerté les voisins. Une odeur âcre, métallique, une odeur que quiconque a déjà sentie reconnait, il n’y en a aucune autre pareille, celle de la putréfaction, qui nous fait venir à tous le réflexe de se coller une main sur le nez et l’autre sur l’estomac en espérant que le dernier café ingurgité ne nous remonte pas aux bords des lèvres. L’odeur immonde, mais plus que tout, ce sont mes pensées qui me révulsent. Ce choc m’est si insupportable ce matin. Pourquoi ?
Comment ça, pourquoi ? Mais c’est évident… Allons, ma fille ! Mon cerveau me guide. Allons, ma fille, tu en verras d’autres. Pourquoi devrais-tu rester insensible ? Il n’y a aucune raison à cela. Hum… L’empathie est normale, avait proféré mon prof de psycho. Il faut faire avec. Il faut apprendre, garder la distance sans se défaire de ses émotions. Parait-il, et là, ce sont les préceptes d’un autre psy, un « criminologue » cette fois, qui me reviennent… Il parait que l’on peut tirer des intuitions de nos émotions, et de ces intuitions, des pistes. Ouais.
Mon premier mort, c’était un pendu. Il y a…
Je calcule. J’avais terminé mes stages, j’essayais de m’adapter à ma première affectation. Et, un matin… C’était il y a vingt-six ans. Vingt-six ans et quelques mois. Un matin si semblable à celui-ci, avec cette lueur qui peine à percer la chape de brouillard. Ou de brume… Il y a vingt-six ans, c’était de la brume, oui, parce que c’était l’été. Et il faisait chaud. Trop chaud pour la saison. Je crois que c’était l’été de la canicule. En tout cas, il était tôt, et l’homme, suspendu à sa corde, était mort. Il puait. Ça ne faisait pourtant que quelques heures.
L’odeur. De celle que jamais on n’oublie. Elle nous prend à la gorge.    (…)
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