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Vagabond – Franck Bouysse / Les Etoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese

24 octobre 2017

Pourquoi vous parler de Vagabond et de Les Etoiles s’éteignent à l’aube dans le même article?

Franck Bouysse – l’auteur du premier, donc – m’a fait découvrir le second il y a quelques semaines…

J’ai lu ces deux pépites l’une après l’autre et, bien que très différentes, je leur ai trouvé un vrai lien.

L’impact de l’enfance, de ce que sont nos parents, de leur non-dits, sur la manière dont nous allons nous construire entre autres…

Et puis l’envoûtement d’une écriture extraordinaire.

Vagabond – Franck Bouysse

Cet auteur est en train de devenir l’un des chouchous de notre terrasse – et quelques chose me dit que c’est loin d’être fini

Magicien des mots, poète, chacune de ses phrases se déguste, se lit et se relit…

Il marcha longtemps, croisant des gens qui lui paraissaient aussi vides que lui, qui cherchaient sûrement à perdre le souvenir du jour.

En deux mots, parce que vous le savez maintenant, j’aime vous laisser découvrir l’histoire…

Vous croiserez ici un homme, chanteur de blues, vagabond solitaire en fuite ou en quête…, une femme comme une ombre, qui est-elle…, un ancien amour réapparu pour quelques concerts, les traces d’une enfance – blessures obsédantes.

J’ai pensé tout au long de ma lecture que l’auteur était musicien, tant j’ai ressenti les vibrations de cette guitare, l’atmosphère des bars enfumés, l’enchantement de ces moments où un chanteur est touché par la grâce…

Parce que les types comme lui ne raflaient pas la mise. Parce que les types comme lui étaient faits pour danser sur un plateau d’ébonite, poussés par un croupier dont il avait croisé le fils, la veille, dans une église, se refusant qu’il put avoir un père.

Et… arrivée page 80, alors que je surveillais les épreuves du brevet, mes larmes se sont mises à couler… Impossible d’arrêter leur flot… Quelque chose de profondément enfoui venait de remonter… Une émotion forte, brute, rare…

(…), et il se demanda si c’était ça, la vie, être en quête de souffrances au travers des autres, pour souffrir moins soi-même, ce qui produit des noeuds dans la corde qu’est l’existence. Puisque tous les actes guidaient vers la souffrance, même les moments de bonheur, comme des soupirs de plaisir dans une respiration continue, des arcs-en-ciel décomposant la lumière à la perfection et disparaissant dans le vide.

Emotion à nouveau ressentie dans cet épilogue, relu 20 fois… Chaque phrase étant unique…

Je pense aux pères et aux fils qui se provoquent sans cesse avec des balles à blanc.

Je pense aux mères qui se désespèrent de l’absence des pères et qui en meurent parfois, dans le meilleur des cas.

Je pense au corps d’une fille sublime, assise sur le capot d’une Mustang, sous le regard borgne de la lune.

Il m’est difficile de parler de ce livre (vous aviez remarqué, hein!) parce qu’il m’a heurtée de plein fouet. Il est entré en résonance avec mon histoire.

Le personnage principal n’a pourtant pas grand chose à voir avec moi…

Et c’est là toute la force des grands romanciers (enfin je crois – du haut de mes très très modestes chroniques) qui, au travers d’une histoire particulière, touchent à l’universel et vous amènent à mieux vous connaître, à réfléchir à votre enfance, vos parents et à certains départs qui laissent des traces.

Les Etoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese

Frank a 16 ans. Indien Ojibwé, garçon solitaire, il vit et travaille dans une ferme, en compagnie de l’homme qui l’a élevé, à l’abri du monde et de sa folie…

– Tu es dur, Frank. C’est parce que t’es si souvent dans la nature que t’es comme ça? (…)

– Il n’y a pas de triche ici. Pas de supercherie. J’en suis arrivé à préférer ça, dit-il.

– Nom de Dieu, t’as seize ans.

– Y a un âge spécial pour plus supporter les conneries?

…quand son père biologique, alcoolique invétéré et mourant, le sollicite pour le conduire au coeur de la montagne où il souhaite être enterré comme les guerriers indiens.

Nous allons accompagner ces deux hommes, découvrir l’enfance de Frank et les lourds secrets de son père au gré de leur chemin.

– (…) J’ai pas du tout idée d’où je viens.

– C’est triste, dit-elle.

– Quand t’as pas quelque chose, le chercher en vain, c’est perdre son temps, c’est ce que je pense.

– Ca faut du bien depas avoir certaines choses.

– Ah ouais. Pourquoi ça en particulier?

– Ben, ça te fait prendre conscience que t’es vivant. Que t’as touché quelque chose. Que quelque chose t’a touché.

Bouleversant récit sur la quête du père, ce besoin d’en être aimé coûte que coûte pour parvenir à se construire…

Découverte des magnifiques traditions du peuple Objibwé – pleines de ce bon sens dont nous faisons souvent défaut, de paysages incroyables, de personnages hauts en couleur et attachants.

La lueur des étoiles naissantes dans le manteau violine du ciel. Le susurrement du vent qui se lève dans les cimes. Il ferma les yeux, rentra tout cela en lui et se sentit en paix.

Richard Wagamese possède lui aussi une écriture envoûtante. Il nous embarque dans un univers inconnu, en alternant dialogues rudes et secs et magnifiques descriptions où l’on sent que chaque mot a été choisi et se trouve à l’exacte place où il doit être.

J’ai laissé passer quelques jours avant d’entamer un nouveau livre… Et chez moi, c’est un signe qui ne trompe pas…

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Un commentaire

  • sideau@yahoo.fr'
    Répondre Sido de errances immobiles 27 octobre 2017 à 22 h 21 min

    Les étoiles s’éteignent à l’aube: un bijou!

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