La Malle aux Livres

Buveurs de vent – Franck Bouysse

Rose m’avait bouleversée. Accompagnée. Poursuivie. Des mois et des mois.
Il m’était donc inconcevable que Franck Bouysse puisse me toucher à nouveau à ce point.

Ainsi, lorsque Buveurs de vent est arrivé, c’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai tourné la première page.
J’avais peur d’être déçue, de ne pas voir jaillir ces émotions singulières que cet auteur si particulier sait faire naitre en moi, de ne pas retrouver ce conteur aux mille âmes, peur qu’il ait pu être tenté, comme d’autres, de reproduire les recettes d’un précédent succès.

C’était mal le connaitre.
Très mal même.

Buveurs de vent.

Ils sont quatre, mais ne font qu’un lorsqu’ils sont ensemble.

« Marc et Matthieu se regardaient, ne sachant comment réagir. Mabel s’approcha de Luc et le prit dans ses bras. Elle aussi savait le prix d’un rêve. »

Quatre… Luc qui m’a enchantée de porter aussi bien la naïveté de l’enfance – et que je continue de remercier de m’avoir fait découvrir L’Ile au trésor (à lire absolument dans la nouvelle traduction parue aux éditions Tristram qui respecte le fameux langage « pirate » ), Matthieu, taiseux, amoureux de la nature, ô combien attachant, Marc, l’amoureux des livres, mais pas seulement.
Et… Mabel. Mabel, l’hommage aux femmes libres – celles pour qui la liberté est vitale et qui la paient cher.

« La vie, il faut la laisser déborder tant qu’il y en a. »

Et puis, il y a Elie aussi, leur grand-père, que j’aurais aimé faire mien.

Ceux-là ont grandi dans la vallée du Gour.
Et travaillent presque tous pour Joyce, tyran possesseur de la ville.

« La centrale électrique était le domaine exclusif de Joyce (…) Son ambition était sa seule nourriture, une ambition déclinée en une oeuvre de toile, complexe et imparable; Joyce régnait par la peur. Les ouvriers de la centrale ne le croisaient presque jamais, mais ils le savaient là, pesant sur leur destin. »

En plus de ces êtres-là, vous y rencontrerez une galerie de personnages plus savoureux les uns que les autres, qui continuent de nous accompagner longtemps une fois le roman refermé, des personnages au service d’une intrigue forte, pièces d’un puzzle qui s’assemble parfaitement sans que l’on n’ait rien vu venir.

Bien sûr, vous retrouverez aussi la plume de Franck Bouysse, pas tout à fait la même cependant, pour mon plus grand plaisir, et toujours aussi juste, forte et poétique.
Et surtout vous découvrirez une universalité nouvelle.

Ce roman a mis en lumière tout ce qui me questionne depuis un moment déjà et s’attaque tout en finesse à des thèmes qui me sont chers : l’écologie, la domination patronale, la vie – survie ? – des petites gens qui n’ont pas d’autres choix que de se plier aux règles.

A ceux que certaines scènes de Né d’aucune femme ou de Glaise avaient pu choquer ou destabiliser, jetez-vous sur celui-ci sans crainte.
Aux autres, vous serez une nouvelle fois surpris, conquis, ému, bouleversé. Vous sourirez ou rirez aussi – cela aussi est nouveau.

Je ne suis pas sure de retranscrire à sa juste valeur toutes les émotions que ce livre m’a procurées.
Et pourtant, je ne lis que pour ces romans-là : une histoire qui me happe, me questionne, des personnages que j’aimerais rencontrer, une plume qui me chamboule et fait monter mes larmes – et désormais des sourires.
J’y suis entrée sur la pointe des pieds, l’ai dévoré, y suis revenue, juste pour le plaisir des mots, ou de la mécanique narrative.

Il sort aujourd’hui. 
Il est mon Goncourt 2020
Et je vous envie de ne pas encore l’avoir lu.

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