Le Coin des Mecs

Le Chemin… Le retour !

Il y a deux ans, j’écrivais sur ce blog un article sur le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, intitulé « Le Chemin … mais quel Chemin ? » pour raconter ma modeste expérience: mes motivations, mon ressenti, etc

Aujourd’hui, et quelques centaines de kilomètres plus loin, j’ai envie de compléter cette première approche, pour vous en dire plus sur cette expérience « extra-ordinaire » (au sens littéral du terme). Depuis 2020, je suis reparti 3 fois, l’appel du Chemin étant toujours aussi fort. En 2021, je suis retourné, avec une amie, sur la voie du Puy-en-Velay, entre Moissac et Roncesvalles (Roncevaux), puis cette année au printemps sur la Voie d’Arles, entre Arles et Toulouse.

Et enfin, à l’automne 2022, le Camino Francès (« Le chemin français » en Espagne) s’est imposé, et parti de Roncesvalles, je suis allé jusqu’à Santiago, et au-delà jusqu’à « la fin de la terre » à Fisterra.

A mon article précédent, j’ai envie de rajouter plusieurs points.

1 / Le Chemin est une expérience unique et étonnante

A mon retour, je me rends toujours compte comme il est difficile d’expliquer à mes amis, à mes connaissances, … ce qu’est réellement cette expérience, quand on ne l’a pas soi-même vécue… Les questions récurrentes sont souvent: « Combien de jours as-tu marché ? »,  » Combien de kilomètres as-tu parcouru en tout ? Et cela fait combien par jour ? ». Ce décalage est assez étonnant, car ces nombres de jours, de kilomètres, etc, ne sont pas l’important, le coeur de ce pèlerinage. L’essentiel est ailleurs: le rythme de vie différent, la fusion avec la nature, les rencontres, oh oui, les rencontres … !

A ce sujet, j’étais impatient d’obtenir ma Compostela (j’en parle plus loin, c’est le diplôme – en latin – attestant que vous avez parcouru le Chemin). Mais une fois obtenu, je me suis aperçu que c’était loin d’être le plus important.

Je me trouve souvent démuni à faire passer ces sentiments et ces idées, et ce n’est qu’en discutant avec d’autres pèlerins qu’on se comprend. Je ne suis pas un écrivain, pas apte à décrire cela, mais je pense qu’il y a une raison très simple: il faut le vivre, parcourir le Chemin en étant ouvert à la nature, aux autres, en faire l’expérience soi-même… J’ai plusieurs ami.e.s avec qui j’ai discuté de ce sujet, et toutes et tous ont ce même sentiment. N’est-ce pas Sonia, Delphine, Jean-Luc, Alain, Jean et d’autres ? J’ai d’ailleurs été frappé en discutant avec une amie (Emma) qui, bien que n’ayant parcouru que 4 ou 5 étapes, a déjà ressenti l’appel du Chemin…

2 / La magie du Chemin

On rencontre toutes sortes de pèlerins sur le Chemin, chacun a sa manière de le parcourir: des sportifs qui courent presque, d’autres avec des écouteurs sur les oreilles (« Do not disturb »), ceux qui font une partie en bus et ne marchent que quelques kilomètres par jour, ceux qui ne font que les 100 derniers kilomètres avant Santiago pour obtenir la fameuse « Compostela » (qui atteste que vous avez « fait » le Chemin de Saint Jacques), … Chacun sa route, chacun son chemin, comme dit la chanson. Et c’est très bien ainsi. Bien loin de moi l’idée de juger qui que ce soit.

Je parlerai des rencontres un peu plus loin, mais je voulais revenir sur la Magie du Chemin. Oui, je pense intimement qu’il y a quelque chose de magique ici. A quoi est-ce dû ? Je ne sais le dire: esprit d’entr’aide, bienveillance, esprits de tous ceux qui nous ont précédé … ?

En tout cas, il m’est arrivé quelque chose que je qualifie d’extra ordinaire, hors du commun, magique cette année.

Mes deux parents (que j’adorais) étant décédés, j’ai apporté avec moi deux chapelets en bois (achetés à Notre Dame de la Garde à Marseille): sur la croix de l’un, j’ai écrit le prénom de ma maman, sur l’autre celui de mon papa. Et chaque fois que j’entrais dans une église, je les sortais au moment de faire une prière. Mon intention initiale était de les jeter dans l’Océan, ou de les déposer au pied d’une croix, une fois arrivé à Fisterra « la fin de la terre ».

Le 29 septembre, je passe devant une jolie fontaine (près du hameau de Sanxil): je sors mes 2 doudous (je vous les ai présentés dans mon précédent article) et je fais une photo devant la fontaine (les doudous et les 2 chapelets étaient dans une pochette dans mon sac à dos). Je reprends mon chemin, et à la pause du midi à Sarria, 12 km plus loin, je m’aperçois avec stupeur que le chapelet de mon papa est manquant… ! Arghhh … Il a dû tomber au moment de la photo.

Je réussis à trouver un taxi qui me ramène 8 km en arrière, mais ne peut aller jusqu’à la fontaine (c’est un chemin en terre) . Je marche 4 km supplémentaires, arrive sur place, je fouille dans les feuilles, rien … Après un quart d’huer de recherche, demi-tour, de nouveau 4 km à pied, puis re-taxi jusqu’à la ville de Sarria. N’ayant pas prévu de coucher ici (comme beaucoup de pèlerins), je poursuis mon chemin jusqu’à un hameau (Vilei) plus loin, un peu dépité.

A table, le soir, l’appétit n’est pas là. Je suis seul à table, mais au moment où j’allais finir, un couple d’américains (John et Ann) s’assoient à la table voisine. Conversation (in english of course):

  • John: « Oh, hello. Comment allez-vous ? Nous nous sommes vus hier soir. Comment s’est passé votre journée ? »
  • Moi: « Effectivement, c’est marrant, nous étions déjà dans le même restaurant hier ». Je raconte alors ma journée mi-figue, mi-raisin, la perte du chapelet, etc
  • Et là, alors qu’ils étaient les deux seules personnes à qui j’ai parlé ce soir-là, John me dit: « Mais j’ai vu deux dames, une française et une anglaise, ramasser votre chapelet à la fontaine ce matin !!! Laissez-moi vos coordonnées, si nous les croisons, nous leur demanderons de vous appeler ». Hasard incroyable, vous en conviendrez !

Il me vient alors une idée. Comme j’ai bien perdu le chapelet à la fontaine, et que la majorité des pèlerins se sont arrêtés ce soir-là à Sarria (donc 5 km derrière moi), je me dis qu’il y a une chance que ces deux personnes soient derrière moi. Ni une ni deux, le matin, je prends des sets de table en papier au restaurant, et j’écris sur plusieurs d’entre eux mon message (en français, en anglais et en espagnol): « J’ai perdu hier un chapelet marqué « Louis » à la fontaine de Sanxil » avec mes coordonnées.

Le matin, je pars très tôt, et dès que le jour se lève, je commence à semer mes sets de table, tels les cailloux du Petit Poucet, à des endroits qui me semblent propices. A un moment, des pommiers ont perdu plein de fruits au sol et un jeune homme écrit un message « en pommes » à ses amis qui sont quelques kilomètres derrière lui. Je fais pareil en écrivant un gros LOVE, et en déposant à côté mon dernier set de table.

Et à 11h du matin, deux appels: « Bonjour, nous nous appelons Anne-Marie et Jane (donc une française et une anglaise), et nous avons trouvé ton chapelet. Où es-tu ? » De fait, j’étais 2 kilomètres devant elles, et je les ai attendues. A leur arrivée, nous nous tombons dans les bras, et je ne sais pas qui était le plus ému des trois. Plus tard, après avoir marché ensemble, nous nous arrêtons pour manger. Arrive alors le couple d’américains, John et Ann: « Ah, vous les avez retrouvées ! Comme nous sommes heureux ! » Une de leurs amies américaines a pris tout ce petit monde en photo: Anne-Marie, Jane, John, Ann, le chapelet et moi, en disant « C’est la plus belle histoire que j’ai vécue sur le Chemin ». Et je pense la même chose. Une sorte de magie, de petit miracle…

Autant vous dire qu’arrivé au bout de mon périple à Fisterra, je n’ai pas pu ni déposer les chapelets sur une croix, ni les jeter dans l’Océan. J’ai fait une photo, mais je les ai ramenés avec moi …

3 / Les rencontres

Un des éléments qui rendent ce Chemin si merveilleux, ce sont les rencontres. Très nombreuses et très faciles. Bien sûr, comme je l’ai dit plus haut, il y a quelques pèlerins qui ne veulent pas se mêler aux autres (écouteurs sur les oreilles), mais ils sont rares. On me dit souvent: « Mais tu pars seul ? ». Oui, mais très souvent, je finis accompagné, ou en tout cas en ayant fait de multiples rencontres (et parfois en gardant le contact après…). C’est aussi le cas avec Alain et Jean, rencontrés sur la Voie d’Arles au printemps 2022. Et cette année, mes parents étaient là, dans mon sac à dos, et quand la fatigue se faisait un peu trop sentir, je pensais à eux, et instantanément, mon sac était moins lourd …,

Sur le Camino Francès cette année, j’ai croisé énormément de nationalités (parler anglais est un avantage !): outre des espagnols et quelques français, j’ai discuté avec des brésiliens, colombiens, argentins, américains, canadiens (québécois ou non), anglais, irlandais, belges, allemands, hongrois, Dana la Slovène (croisée plusieurs fois), coréens, chinois (dont Pô, une jeune hongkongaise très souriante), etc

J’ai été étonné de la présence de tant d’américains (ils connaissent le Chemin par le film « The way » avec Martin Sheen), brésiliens (ils ont lu « le pèlerin de Compostelle » de Paulo Coelho) et de coréens (une journaliste a « fait le Chemin » et en a parlé dans son pays, où 20 % de la population est chrétienne).

Parmi ces rencontres, je voudrais en citer deux plus marquantes que les autres:

  • Un jeune homme à vélo faisait une pause, et je l’ai interrogé sur sa nationalité (argentine) et les nombreux drapeaux sur le mât de son vélo, car il fait un périple autour du monde (Amérique du Sud, puis du Nord, Afrique du Sud, et Europe maintenant). En discutant, nous nous sommes aperçus qu’il s’était arrêté dans ma ville natale au Pérou. Et (hasard, signe ?), son prénom est Franco, le mien François…
  • J’ai aussi beaucoup discuté au début de mon voyage avec une jeune femme (Laura) arménienne, qui vit avec son mari (non marcheur) à San Francisco. Elle avait la même approche de la nature que moi, s’arrêtant pour humer une fleur, toucher la mousse, enserrer un arbre, etc. Mais nous nous sommes quittés à Burgos, car elle s’arrêtait un jour là, puis un nouveau à Leon. Mais à mon retour de Fisterra, en sortant de la cathédrale de Santiago, au milieu de la foule sur la place de l’Obradoiro, trois semaines après notre dernière rencontre, je la vois ! Nous nous sommes tombés dans les bras. Je n’ai qu’un regret, ne pas avoir pris ses coordonnées (bouteille à la mer: si vous la connaissez, dites-lui que j’aimerais bien rester en contact.. ).

Oui, les rencontres sont un des charmes majeurs du Chemin…

4 / Les paysages

Bien sûr, l’émerveillement vient aussi des paysages, des villes et des villages traversés. Chaque portion du Chemin recèle des endroits magnifiques et il serait vain de tous les nommer ici.

Sur le Camino Francès, ces sources d’émerveillement sont innombrables: parfois, ce sont des endroits très connus les villes de Burgos et Leon par exemple), des lieux propices à la réflexion et au lâcher-prise (j’ai adoré la Meseta et ses lignes infinies), ou simplement de jolis petits villages qui se dévoilent sous le soleil (Je suis tombé sous le charme de Molinaseca). Et que dire de Santiago, sa cathédrale, le Botafumeiro, du portique de la gloire, ou de l’arrivée au bord de l’Océan et de la plage de Fisterra … ?

Voilà juste quelques modestes clichés:

5 / Mes raisons

On me pose souvent la question: « Pourquoi pars-tu sur le (les) Chemin(s) de Saint Jacques ? ». Les raisons sont multiples et j’en ai parlé dans mon article précédent.

Mais il en est une supplémentaire qui est apparue au fil du temps: c’est de partir avec mon sac, uniquement mon sac, sans aucune aide extérieure. Se dire que l’on part x jours marcher, avec pour toutes possessions un sac avec quelques vêtements, une trousse de toilette, un carnet de voyage, un livre, deux doudous et deux chapelets est un sentiment étrange et très agréable. Finalement, pas besoin de plus de 7 kg pour vivre…

6 / Le vestibule des causes perdues

Pour finir, je voudrais revenir sur un ouvrage qui était dans ma « pile à lire » et dont j’avais parlé lors de mon premier texte. J’avais gardé précieusement « Le vestibule des causes perdues » (Manon Moreau) pour une occasion spéciale: le Camino Francès.

Et cela a été un pur bonheur de le lire dans le train (à l’aller et au retour) et un peu pendant le pèlerinage lui-même (le soir, je n’ai pas toujours trop de temps, et un pèlerin se couche tôt…). Ce livre conte l’histoire de plusieurs personnes, parties chacune de leur côté (de différents coins de France, voire pour un personnage de Hongrie) et qui vont se trouver ensemble sur le Chemin, chacun avec ses propres motivations. C’est une excellente description de ce qu’est le Chemin, son esprit, sa magie, ses rencontres…

Un conseil: lisez-le !!

Et comme toujours, je vous souhaite « Buen Camino » !

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12 commentaires

  1. karine.margueron@orange.fr'
    MARGUERON a dit :

    Merci pour ce beau récit qui donne envie de vivre toutes ces rencontres et ces émotions partagées.
    Peut être un jour pour moi dans qq années.

    1. lydia.didelot@wanadoo.fr'
      François Didelot a dit :

      Merci Karine de ce commentaire,
      Tu sais, tu n’as pas forcément besoin d’attendre et tu peux parcourir le Chemin par tronçons, ce que j’ai fait au début en marchant une dizaine de jours à chaque fois.
      Bon, c’est vrai, maintenant, je pars plus longtemps… Et c’est super !
      Bises

  2. sonia-poncet@orange.fr'

    « Le chemin n’est pas fait pour aller vite d’un point A à un point B, il est fait pour se perdre, et perdre du temps, ou prendre son temps, si l’on veut. » Extrait de « en avant route » de Alix de St André

    1. lydia.didelot@wanadoo.fr'
      François Didelot a dit :

      Sonia, c’est exactement çà…
      D’ailleurs « En avant route » est dans ma pile à lire !!

  3. […] Vous trouverez donc mon 2e article en suivant ce lien: « Le Chemin … Le retour ! » […]

  4. didsga8591@orange.fr'
    Didier SEGURA a dit :

    Voilà une belle façon de terminer ce voyage, poser sur le papier les différents aspects de ta motivation et les sentiments qui ont accompagné ce périple. Durant ton chemin, tu as partagé avec nous les paysages variés, les émotions et nous t’avons suivi à la trace jusqu’à Terra Finistera. Une façon pour nous de découvrir par procuration ce Chemin de Compostelle, alors Merci François pour ces bons moments et continues sur ta lancée …

    1. lydia.didelot@wanadoo.fr'
      François Didelot a dit :

      Merci beaucoup Didier !
      Initialement, je m’étais dit: « Tu as déjà écrit un article, çà suffit ». Mais à mon retour, et avec tout ce qui était arrivé, je ne pouvais pas ne pas écrire une suite…
      Merci

  5. mariepierrechiousse@gmail.com'
    Chiousse a dit :

    Tout simplement merci François pour ce beau partage.

    1. lydia.didelot@wanadoo.fr'
      François Didelot a dit :

      Merci Marie-Pierre,
      Avec plaisir

  6. leagimeno@gmail.com'

    Bonjour François merci beaucoup pour ce super article.
    Le chemin m’appelle depuis des années je ne sais pas pourquoi jai toujours ete attirée par Compostelle.
    Aujourd’hui la vie m’en offre peut etre la possibilité, mais je ne sais absolument pas comment commencer a organiser , d’où partir, combien de temps … avez vous des pistes pour m’aider ?
    Merci encore

  7. pierre.saout@wanadoo.fr'

    Merci, François, de ce beau témoignage personnel, où tu te livres en toute sincérité. J’ai été autant intéressé par le témoignage lui-même, puisque je te connais, que par son contenu. Car il dit beaucoup de ta personnalité et de la « belle personne » que tu es. Amitié. Pierre

    1. lydia.didelot@wanadoo.fr'
      François Didelot a dit :

      Merci beaucoup Pierre de ce gentil commentaire,
      Et merci pour le compliments.
      Amitiés
      François

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